"Yo señor no soy malo aunque no me faltarían motivos para serlo. Los mismos cueros tenemos todos los mortales al nacer y sin embargo, cuando vamos creciendo, el destino se complace en variarnos como si fuésemos de cera y en destinarnos por sendas diferentes al mismo fin: la muerte. Hay hombres a quienes se les ordena marchar por el camino de las flores, y hombres a quienes se les manda por el camino de los cardos y de las chumberas. Aquellos gozan de un mirar sereno y al aroma de su felicidad sonríen con la cara del inocente; estos otros sufren del sol violento de la llanura y arrugan el ceño como las alimañas por defenderse. Hay mucha diferencia entre adornarse las carnes con arrebol y colonia, y hacerlo con tatuajes que después nadie ha de borrar ya." -- Camilo José Cela, La Familia de Pascual Duarte (1942)

28/02/2007

28/02/07 - 13:40

Lutte d'oiseaux




Sur les places désertes, près de la mer, les pigeons
sont comme des guerriers, aux casques blancs,
dans l'hiver. Marchant dans le goudron jusqu'à
l'eau, ils effraient les mouettes, qui les regardent
par-dessus les vagues, comme avec envie.

Mais les pigeons ignorent les mouettes : et
leurs armes se retournent contre les petites vieilles qui
ouvrent des sacs de nourriture, et leur jettent
du pain sec. Mettant leur casque derrière
leurs ailes, les pigeons se lancent sur
les sacs des petites vieilles, obligées de fuir.

C'est ainsi que les mouettes méprisent les
pigeons. En mer, elles n'ont pas besoin des petites vieilles
pour leur donner à manger, c'est de l'intérieur des vagues
qui se fracassent que sort le pain dont elles se nourrissent :
l'écume du poème, le pain blanc de l'océan.

-- Nuno Júdice (traduit du portugais par M. Chandeigne)

28/02/07 - 12:51

Avant qu'il ne soit trop tard...


Le Nouvel Observateur publie, dans son numéro daté jeudi 1er mars, un texte signé par plus de 150 intellectuels qui appellent à voter pour Ségolène Royal, "contre une droite d’arrogance", pour "une gauche d’espérance". Extraits :

"Le 22 avril, il sera trop tard. Trop tard pour déplorer notre dispersion. Trop tard pour regretter notre inaction. Trop tard pour s’apercevoir que l’élection présidentielle s’est faite sans nous, malgré nous.

Nous refusons cette défaite trop souvent annoncée. Nous n’admettons pas que l’on vote à notre place. Nous n’acceptons pas que des sondages fabriquent une élection. Et nous ne tomberons pas dans le piège tendu par cette droite qui domine ou influence la plupart de nos grands médias. Car tout est fait, dans cette campagne, pour démobiliser la gauche et désespérer ses électeurs. Rien n’est épargné à Ségolène Royal. Ses déclarations comme ses silences, son entourage comme son compagnon, sa simplicité comme sa franchise, sa féminité comme sa fermeté : tout est prétexte en face à caricature et à moquerie. Tout est bon pour alimenter le mépris social et le dédain sexiste.

Qu’elle prenne le temps d’écouter les Français, et on la soupçonne de n’avoir rien à dire. Qu’elle annonce longuement son pacte présidentiel, et la question du chiffrage vient opportunément occulter le détail de ses engagements. Qu’elle-même ou son entourage soient victimes de procédés de basse police, et on préfère retenir l’air de la calomnie plutôt que de s’alarmer pour la démocratie. Qu’elle assume son identité de socialiste, et on lui reproche de se plier à un appareil. Qu’elle revendique sa part de liberté, et on l’accuse de se méfier de sa famille. Qu’elle réussisse un meeting électoral ou une émission télévisée, et on lui oppose immédiatement des enquêtes d’opinion aussi fluctuantes qu’incertaines.

Nous ne nous laisserons pas intimider. Dès le premier tour, nous voterons pour Ségolène Royal et nous appelons à faire de même, à le faire savoir et à faire campagne."

"Jamais candidat de droite n’aura à ce point symbolisé la régression sociale. Nicolas Sarkozy est, tout à la fois, le candidat du pouvoir financier, du pouvoir personnel et du désordre mondial. Soutenu par la nouvelle aristocratie financière, il incarne la soumission de la politique à l’argent. Favorable à un renforcement des pouvoirs présidentiels, il incarne la tentation du césarisme contre l’approfondissement de la démocratie. Engagé aux côtés de l’actuelle administration américaine, il incarne le risque des aventures impériales, du choc des cultures et de l’affrontement des peuples. C’est le candidat de la peur. Des peurs qu’il exploite – celles de l’avenir, du monde, de l’étranger, des jeunes – mais aussi des peurs qu’il inspire en convoquant l’imaginaire de l’homme fort, du chef vindicatif et exalté, épris du pouvoir et de lui-même."

"Depuis 2002, nous sommes prévenus, et nous n’avons plus d’excuse. Nous savons que cette élection sera ce que nous en ferons. Il n’est plus temps de se faire plaisir, en perdant de vue l’enjeu décisif. Nous affirmons qu’il n’est de soutien entier que critique, de loyauté que lucide, de solidarité qu’indépendante, et nous resterons fidèles à cet engagement. Nous disons aussi que le second tour se joue dès le premier tour.

Cette élection n’est pas ordinaire et elle engage, à travers le sort de la France, un peu de l’avenir du monde. C’est pourquoi, contre une droite d’arrogance, nous appelons à choisir, dès le 22 avril, une gauche d’espérance, en votant Ségolène Royal." -- Source : NouvelObs.com



28/02/07 - 01:23

Logements sociaux à Neuilly


Nicolas Sarkozy et son épouse Cécilia auraient bénéficié en 1997 d’un rabais «d’au moins 300.000 euros», lors de l’achat de leur appartement de Neuilly au promoteur immobilier Lasserre, affirme Le Canard enchaîné.

Selon l'hebdomadaire, les Sarkozy ont tout d’abord obtenu «une ristourne de 12 à 35%» sur le prix au mètre carré de leur logement - revendu depuis -, en payant l’ensemble de 233 mètres carrés à «un coût moyen de 24.636 francs le mètre carré», soit 5 747 670 francs (876.000 euros). Or, selon Le Canard qui a effectué des recherches à la conservation des hypothèques, les prix dans la résidence concernée en 1997 s’échelonnaient entre «27 871 et 37 624 francs» le mètre carré.

Par ailleurs, Sarkozy «n’a pas seulement bénéficié d’un prix de vente amical», mais aussi «obtenu que son nouvel appartement soit aménagé sur mesure et à grand frais par le promoteur». Ainsi, le promoteur a pris à sa «seule charge» le coût de la réunion de deux appartements en un seul duplex, soit «925.002 FF TTC» (141.015 €), et a aussi réglé plus de la moitié de travaux complémentaires (réalisation d’une «baie vitrée», d’un «escalier en chêne ciré», d’un «dallage en marbre» notamment) coûtant au total «907.535 FF TTC» (138353 €). «Au total, entre les réductions sur le prix d’achat, le chantier de transformation» de deux appartements initiaux en duplex «et les travaux d’embellissement, les Sarkozy ont économisé au moins 2 millions de francs (300.000 euros)», affirme le journal.

L’hebdomadaire précise que le promoteur Lasserre était «le promoteur favori de la mairie de Neuilly». L’immeuble dans lequel la candidat de l’UMP avait acheté son appartement était situé dans une zone d’aménagement concerté confiée à la SEM 92, une société d’économie mixte «aux ordres du conseil général des Hauts-de-Seine», alors présidé par Charles Pasqua.

-- Source : LIBERATION.FR, mardi 27 février 2007

28/02/07 - 00:42

Sur la mort de son fils Furui




Même si je possédais
Les sept sortes de trésor (1)
Que les gens de ce monde
Prisent tant
Quel usage
En ferais-je ?

De nous deux,
Mon fils Furui
Telle une perle blanche,
A l'aube radieuse
Où brille l'étoile du matin,
Sans quitter notre couche
De fine étoffe étendue
Debout
Ou assis,
Folâtrait
Avec nous.
Quand l'étoile du soir
Ramenait la nuit :
"Allons nous coucher"
Disait-il en prenant ma main,
Père, mère,
Restez près de moi
Entre vous je veux dormir
Comme le brin médian de l'herbe saki (2).
Gentiment
Il parlait ainsi,
J'aurais voulu voir et quels maux
Et quels bonheurs lui étaient réservés
Quand un jour,
Il serait devenu un homme.
J'étais confiant et plein d'espoir
Ainsi qu'on est dans une grande barque.
Imprévu,
Un vent venu par le travers
A soufflé violemment
Sur nos têtes.
Ne sachant que faire,
Confondu,
J'ai fixé
Mes relève-manches de blanche étoffe,
Un clair miroir (3)
J'ai pris en main.
Vers les dieux du ciel
Levant les yeux je n'ai fait qu'implorer.
Devant les dieux de la terre
Je me suis prosterné, front contre terre.
Je me suis soumis à la volonté
Des dieux du ciel et de la terre ;
Qu'ils m'exaucent
Ou ne m'écoutent pas.
Affolé
Je les suppliais.
Mais, même pour un peu de temps
Il n'y eut pas de mieux.
Peu à peu
Son corps s'est émacié,
Matin après matin,
Les mots se sont arrêtés sur ses lèvres.
De son âme à l'existence limitée (4)
La vie s'est interrompue.
J'ai bondi,
Trépigné, crié,
Tombant à terre j'ai regardé vers le ciel
Et j'ai sangloté
J'ai laissé s'envoler mon fils
Que je gardais dans mes bras
Telle est la voie de ce monde.


Si jeune il est
Qu'il ne connaît pas la route ;
Voici pour toi,
Messager venu d'en bas.
Sur ton dos, fais-le passer !


Faisant offrande d'une étoffe
Je prie et implore les dieux.
Sans le laisser errer
Conduisez-le tout droit,
Enseignez-lui le chemin du ciel !

-- Yamanoue no Okura (mort vers 733), Man. V ; (904-906)

1) L'or, l'argent et divers gemmes.
2) Cette herbe présente un petit brin médian entre deux plus grands.
3) Emblème divin dans le shintô
4) Epithète au sens incertain

27/02/2007

27/02/07 - 19:40

Sarkozy aurait bénéficié d'un rabais de 300 000 euros...


Selon Le Canard enchaîné, le candidat UMP et son épouse Cécilia auraient bénéficié en 1997 d'un rabais "d'au moins 300.000 euros" lors de l'achat de leur appartement de Neuilly: une ristourne sur le prix du mètre-carré ainsi que des travaux offerts. Le promoteur était "le promoteur favori de la mairie de Neuilly".

-- Source : NouvelObs.com, Edition Spéciale Elysée, 27.02 à 18h05 :

26/02/2007

26/02/07 - 14:23

Et ça veut faire construire des porte-avions !...




Nicolas Sarkozy a été poussé dans ses retranchements par un journaliste de RMC qui avait piégé la candidate socialiste sur le nombre de sous-marins nucléaires français, il y a un mois. Alors qu'on lui demandait si les combattants d'Al-Qaida étaient sunnites ou chiites, sur BFM TV-RMC, il a esquivé la question : "On ne peut pas qualifier Al-Qaida comme ça. Al-Qaida, c'est une mouvance", a insisté le ministre de l'intérieur, alors que le journaliste lui rappelait que "tous les chefs d'Al-Qaida sont sunnites".

Peu avant, Nicolas Sarkozy avait mal répondu à une question sur le nombre de "sous-marins nucléaires d'attaque" français. "Quatre", a répondu le ministre UMP. "Non, c'est cinq", lui a rétorqué le journaliste. En réalité, selon le ministère de la défense, la France dispose de six sous-marins nucléaires "d'attaque" (SNA), outre ses quatre sous-marins nucléaires "lanceurs d'engins" (SNLE), c'est-à-dire porteurs de missiles nucléaires. -- Le Monde, 26 février 2007.

25/02/2007

25/02/07 - 19:22

Ordre, autorité, patrie


Pour Nicolas Sarkozy, le candidat de l'UMP, la "dévalorisation" de "l'autorité" est un des signes "de la crise morale que traverse la France".

Pourtant, il semble convaincu que, pour ce qui le concerne, ce registre est encore un atout face à sa rivale Ségolène Royal. Ouvrant une nouvelle fois le procès de Mai 68, il a décrit une société où serait "démodée l'obéissance de l'enfant à ses parents", "ringarde la supériorité du maître sur l'élève", "dépassée la soumission à la loi", ou serait "fini le pouvoir de la police, ainsi que l'amour de la patrie et la fidélité pour son drapeau".

Le candidat a donc prôné la restauration de "l'ordre" dans tous ses aspects et à tous les niveaux.

Ce retour au thème de l'autorité, à l'ordre moral intervient alors que les derniers sondages, après la prestation de Ségolène Royal à TF1, sont venus doucher l'euphorie des dernières semaines de campagne. (Le Monde.fr, 25 février 2007)


Bienvenue dans un monde de droite !

Bienvenue dans un monde sarkozien !



25/02/07 - 13:01

Après l'amour


- T'es toujours aussi désagréable après avoir fait l'amour ?
- Ca dépend avec qui. Tu veux quand même pas que je roucoule.
- Tu m'as quand même dit que tu m'aimais, je te signale...
- Oui, ben je dis ça à tout le monde, voilà ! Je dis tout le temps ça aux filles. Qu'est-ce que tu veux, c'est plus fort que moi, faut que je parle quand je baise, alors je dis des conneries !

-- Bertrand Blier, Les Valseuses

24/02/2007

24/02/07 - 00:10

Joies du spam


Alors celle-là, on ne me l'avait pas encore faite...

"Je travaille en tant que chef service d'édition à la continentale Bank BENIN, dans le cadre de mon service j'ai fait une découverte que je voudrais partager la confidence avec vous et j'espère bien que vous êtes un homme qui sait garder un secret, il y'a un européen qui vivait ici en Afrique depuis de longues dates , ce dernier est décédé depuis quatre ans et possède de l'argent déposé dans notre banque une somme assez considérable , depuis sa mort personne de sa famille ne s'est présentée pour pouvoir revendiquer cet argent (...).

Voici ma proposition, après avoir pris des précautions nécessaires, je voudrais vous associer à cette affaire, en vous faisant passer pour un membre de sa famille afin que la Banque vous versez cet argent et en retour vous et moi allons nous partager cet argent à part égale dès que les fonds seront transférés dans votre compte. "


What will they think of next?

23/02/2007

23/02/07 - 13:40

Bordel de campagne...




Dessin de Cabu (Le Canard Enchaîné)

23/02/07 - 00:00

Cette nuit, à voir ou à revoir sur Arte




Sur Arte, à 0h25, "O Fantasma", un film portugais de João Pedro Rodrigues (2000) avec Ricardo Meneses (Sergio) et Andre Barbosa (João).

L'histoire : Poussé par son obsession maladive pour un beau sportif, un jeune éboueur homosexuel de Lisbonne en vient aux pires extrémités...

21/02/2007

21/02/07 - 18:26


Dans un séisme elle elle sombre ou un typhon
Lui il s'abat d'un mal encore ignare
Toi tu crèves d'entêtement ou d'ambition
Et moi je meurs de mort comme tout un chacun

-- Luiza Neto Jorge, Désenfer I

20/02/2007

20/02/07 - 15:14

La tête en ambulance


Il y a des plaies cycliques il y a des vols violents
au-dedans de chambres à air des tournants
des plaies qui se pensent en pleine nuit
et explosent dès le matin

ou bien qui en pleine nuit s'ouvrent
et dès le matin sont pensées
avec toutes les pensées que
les organes sont habiles
à inventer comme pansements

ligatures casques
sacrements
avec quoi l'on retient la tête
quand elle de nous se retire

quand elle nous pressent
en syncope ou mise à nu
ou dans une erreur plus spacieuse
ou dans une lettre plus muette
ou dans la salle de torture
dans la salle obscure, d'enfance.

-- Luiza Neto Jorge (1939-1989)

18/02/2007

18/02/07 - 11:02

Tandis que Maurice Papon nous quitte...


Plusieurs dizaines de juifs, promis comme beaucoup de juifs allemands à une mort probable, ont été sauvés en grand secret par l'un des plus prestigieux patrons de l'industrie allemande, Ernst Leitz, héritier de l'entreprise qui a révolutionné la photographie en inventant le Leica.

Le scénario de ces discrets sauvetages était bien au point. Ernst Leitz embauchait un jeune juif qui bénéficiait d'une formation plus ou moins longue dans l'usine familiale de Wetzlar, au nord de Francfort. Sous un prétexte professionnel, l'apprenti recevait ensuite un billet pour New York, payé par le patron, des lettres d'introduction rédigées par ses adjoints et un visa obtenu par l'entreprise. Sans oublier, bien sûr, l'indispensable appareil photo.

Cet épisode humanitaire, longtemps méconnu, a été mis au jour et reconstitué par Frank Dabba Smith, un rabbin d'origine américaine, qui vit à Londres. Selon ses recoupements, Ernst Leitz a aidé de cinquante à soixante personnes à quitter l'Allemagne nazie. Il a permis aussi, par ses interventions, à au moins vingt-trois juifs ou conjoints de juifs contraints de rester au pays d'échapper aux rigueurs des "châtiments" que le régime hitlérien avait décrétés à leur encontre. Rien de comparable, bien sûr, numériquement, avec l'"exploit" d'Oskar Schindler, l'industriel des Sudètes qui sauva de la mort mille deux cents juifs polonais. Mais les risques pris par Ernst Leitz étaient du même ordre.

-- Source : LE MONDE | 16.02.07 Au bout de l'objectif, la liberté

15/02/2007

15/02/07 - 15:05

Armes de Destruction Massive (bis)


WASHINGTON, Feb. 14 — President Bush said Wednesday that he was certain that factions within the Iranian government had supplied Shiite militants in Iraq with deadly roadside bombs that had killed American troops. But he said he did not know whether Iran’s highest officials had directed the attacks.

Mr. Bush’s remarks amounted to his most specific accusation to date that Iran was undermining security in Iraq. They appeared to be part of a concerted effort by the White House to present a clearer, more direct case that Iran was supplying the potent weapons — and to push back against criticism that the intelligence used in reaching the conclusions was not credible.

Speaking at a news conference in the East Room of the White House, Mr. Bush dismissed as “preposterous” the contention by some skeptics that the United States was drawing unwarranted conclusions about Iran’s role. He publicly endorsed assertions that had until now been presented only by anonymous military and intelligence officials, who have said that an elite branch of Iran’s Islamic Revolutionary Guard Corps known as the Quds Force has provided Shiite militias in Iraq with the sophisticated weapons that have been responsible for killing at least 170 American soldiers and wounding more than 600.

-- The New York Times, February 15, 2007 (suite de l'article : [www])

15/02/07 - 01:09



A soft air fans the cloud apart; there comes
A glimpse of that dark world where I was born.

14/02/2007

14/02/07 - 17:23


Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?

14/02/07 - 15:08



Le sang répandu

Je ne veux pas le voir !

Dis à la lune de venir.
Je ne veux pas voir le sang
d'Ignacio sur le sable.
Je ne veux pas le voir !

La lune grande ouverte.
Cheval de nuages calmes,
et grise plaza du songe
avec des saules aux barrières.

Je ne veux pas le voir !

Mon souvenir se brûle.
Prévenez les jasmins
à la blancheur petite !
Je ne veux pas le voir !

La vache du vieux monde
passait sa triste langue
sur un mufle de sang
répandu sur le sable
et les taureaux de Guisando,
quasi mort et quasi pierre,
mugirent comme deux siècles
las de fouler la terre.
Non.

Je ne veux pas le voir !

Par les degrés monte Ignacio
portant sa mort dessus son dos.
Cherchait le lever du jour
et le lever du jour n'était pas.
Cherche sa vraie silhouette,
et le songe l'égare.
Cherchait son corps de beauté
et trouva son sang ouvert.
Ne me dites pas de le voir !
Je ne veux pas sentir le jet
qui perd peu à peu sa force ;
ce jet qui vient illuminer
les bas gradins et puis retombe
sur le velours et sur le cuir
d'une foule altérée.
Qui donc me crie de me pencher !
Ne me dites pas de le voir !

Il ne ferma point les yeux
quand il vit tout près les cornes,
mais les mères terribles
relevèrent la tête.
Et à travers les élevages
monta un air de voix secrètes
criant vers des taureaux célestes,
gardiens d'une brume pâle.
Il n'y eut prince dans Séville
que l'on puisse lui comparer,
ni épée comme son épée,
ni cœur si véritable.
Comme un fleuve de lions
sa merveilleuse force,
et comme un torse de marbre
sa prudence dessinée.
Un air de Rome andalouse
lui nimbait d'or la tête,
et son rire était nard
de sel et d'intelligence.
Grand torero dans la plaza !
Bon montagnard à la montagne !
Si doux avec les épis !
Si dur avec les éperons !
Si tendre avec la rosée !
Eblouissant à la feria !
Si terrible avec les dernières
banderilles de ténèbres !
Mais voici qu'il dort sans fin.
Voici que les mousses et l'herbe
ouvrent de leurs doigts sûrs
la fleur de son crâne.
Et son sang vient en chantant :
chante par les maremmes et les prairies,
glisse le long des cornes transies,
vacille sans âme dans le brouillard,
se heurte à mille pieds de taureaux
comme une longue, sombre, triste langue,
pour former une flaque d'agonie
près du Guadalquivir aux étoiles.
Oh, mur blanc de l'Espagne !
Oh, noir taureau de douleur !
Oh, sang dur d'Ignacio !
Oh, rossignol de ses veines !
Non.

Je ne veux pas le voir !

Il n'est pas de calice qui le contienne,
pas d'hirondelles qui le boivent,
ni givre de lumière qui le refroidisse,
ni chant ni déluge de lis,
ni cristal qui le couvre d'argent.
Non.

Je ne veux pas le voir !

Présence du corps

La pierre est un front où gémissent les songes
sans qu’ils aient une eau courbe ou des cyprès glacés.
La pierre est un dos fait pour porter le temps
avec arbres de larmes et rubans et planètes.

J’ai vu de grises pluies courir devers les vagues,
en levant leurs tendres bras criblés,
pour n’être prises en chasse par la pierre tendue
qui dénoue ses membres sans imprégner le sang.

Parce que la pierre prend semences et nuages,
squelettes d’alouettes avec loups de pénombre ;
mais ne donne ni son, ni cristal, ni feu :
rien que plazas, plazas et plazas sans murailles.

Et voici sur la pierre Ignacio le bien né.
C’est fini ; qu’y a-t-il ? Considérez sa personne :
la mort qui l’a couvert de pâles fleurs de soufre
lui a donné la tête d’un sombre Minotaure.

C’est fini. La pluie pénètre dans sa bouche.
L’air comme fou quitte sa poitrine creuse
et l’Amour, imprégné par des larmes de neige,
se chauffe sur la cime des ganaderias.

Que dit-on ? Un silence empuanti repose.
Nous sommes devant un corps gisant qui s’estompe,
devant une forme claire qui eut ses rossignols
et que nous voyons se cribler de trous sans fond.

Qui fait des rides au suaire ? Ce qu’il dit n’est pas vrai !
Personne ici ne chante, ou ne pleure dans un coin,
ne pique des éperons, n’épouvante le serpent :
ici je ne veux rien que la rondeur des yeux pour voir ce corps sans possible repos.

Je veux voir ici des hommes à la voix dure.
Les dompteurs de chevaux, qui maîtrisent des fleuves :
les hommes dont les os craquent et qui chantent,
la bouche pleine de soleil et de silex.

Je veux les voir ici. Devant la pierre.
Devant ce corps aux rênes brisées.
Je veux qu’ils me montrent où est l’issue
pour ce capitaine attaché par la mort.

Je veux qu’ils me montrent un pleur pareil à un fleuve
avec de douces brumes et des rives profondes,
pour emporter le corps d’Ignacio, et qu’il se perde
sans écouter le double souffle des taureaux.

Qu’il se perde dans la ronde plaza de la lune
de qui l’enfance est comme une dolente bête immobile ;
qu’il se perde dans la nuit privée de chants des poissons
et dans la broussaille blanche de la fumée congelée.

Je ne veux pas qu’on lui couvre le visage de mouchoirs
afin qu’il s’habitue à cette mort qu’il porte.
Va-t’en Ignacio : le chaud meuglement ne te soit pas sensible.
Dors, vole, repose : la mer aussi se meurt !

Absence de l’âme

Ni le taureau ni le figuier ne te connaissent,
ni les chevaux ni les fourmis de ta maison.
L’enfant ne te connaît ni la soirée
parce que tu es mort pour toujours.

Ne te connaît le dos de la pierre,
ni le satin noir où tu te déchires.
Plus ne te connaît ton souvenir muet
parce que tu es mort pour toujours.

Viendra l’automne avec les coques-fleurs,
raisins de brume et montagnes en groupe,
mais ne voudra personne regarder tes yeux
parce que tu es mort pour toujours.

Parce que tu es mort pour toujours,
comme tous les morts de la Terre,
comme tous les morts qu’on oublie
dans un amoncellement de chiens éteints.

Nul ne te connaît plus. Non. Mais je te chante.
Je chante pour plus tard ta silhouette et ta grâce.
L’insigne maturité de ta connaissance.
Ton appétit de mort et le goût de sa bouche.
La tristesse qu’éprouva ta vaillante allégresse.

De longtemps ne naîtra, si toutefois il naît,
un Andalou si clair, si riche d’aventures.
Je chante son élégance en des mots qui gémissent,
et me rappelle une brise triste dans les oliviers.

-- Federico García Lorca, Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías (1935)

13/02/2007

13/02/07 - 17:09



Comme un papillon percé par une aiguille
Qui se tord de douleur en voulant s'envoler.

-- Hara Asao

12/02/2007

12/02/07 - 18:26


And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!


09/02/2007

09/02/07 - 01:28



Déjà je l'imagine
Tombant sur mon cadavre –
La neige

-- Takahama Kyoshi

08/02/2007

08/02/07 - 17:33

L'humour n'est supportable que s'il est respectueux d'autrui


"L'humour n'est supportable que s'il est respectueux d'autrui", estime le cardinal Lustiger, en évoquant le procès qui oppose l'Union des organisations islamiques de France et la Grande mosquée de Paris à l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo pour la publication de caricatures de Mahomet. "On peut faire rire de tout mais il faut éviter de blesser", poursuit le cardinal , avec une onctuosité toute ecclésiastique.

Pourquoi l'anathème*, qui stigmatise les individus, qui blesse et qui, parfois, laisse au plus profond des plus vulnérables** la marque indélébile du fer rouge, serait-il, lui, moins insupportable ? En quoi est-il respectueux d'autrui ?...

* "Le comportement homosexuel est moralement inacceptable." -- Jean-Paul II

* "[Le Saint-Siège] exprime sa vive désapprobation pour telle initiative [gay pride à Jérusalem] parce qu'elle constitue un grave affront aux sentiments de millions de croyants juifs, musulmans et chrétiens, qui reconnaissent le caractère sacré de la ville de Jérusalem". -- Benoît XVI

* "l'Eglise considère les actes homosexuels comme des péchés graves, et dans tous les cas l'homosexualité comme un désordre. Les homosexuels ne peuvent pas être ordonnés prêtres car ils se trouvent dans une situation qui fait obstacle à une relation juste avec des hommes et des femmes. [Il convient de prendre en compte] les conséquences négatives qui peuvent découler de l'ordination de personnes présentant des tendances homosexuelles profondément enracinées." -- Instructions du Vatican sur l'ordination des prêtres (2006).

* "La loi autorisant le mariage entre homosexuels en Espagne est une décourageante défaite de l'Humanité. Toute tentative de bouleverser le projet de Dieu sur la famille est aussi une tentative de défigurer le visage le plus authentique de l'humanité. [...] Il ne faut jamais abdiquer à la vérité. Si les mots ont encore un sens, il faut continuer à appeler les choses par leur nom. La tâche d'endiguer cette dérive de l'humanité revient à tous et non seulement aux croyants." -- L'Osservatore Romano (juillet 2005)

* "[Le mariage homosexuel est une] aberration des principes naturels." -- Cardinal Renato Martino, président du Conseil pontifical pour la justice et la paix.

* "[Le mariage des couples du même sexe est] radicalement injuste et préjudiciable au bien commun." -- Cardinal Antonio Maria Rouco, archevêque de Madrid

* "Bien qu'elle ne soit pas en elle-même un péché, l'inclination particulière de la personne homosexuelle constitue néanmoins une tendance, plus ou moins forte, vers un comportement intrinsèquement mauvais du point de vue moral. C'est la raison pour laquelle l'inclination elle-même doit être considérée comme objectivement désordonnée. (...) On doit éviter la supposition, injustifiée et dégradante, que le comportement homosexuel des personnes homosexuelles est toujours et absolument compulsif, et dès lors irresponsable. En réalité, il faut aussi reconnaître à ceux qui ont une tendance homosexuelle la liberté fondamentale qui caractérise la personne humaine et lui confère sa dignité particulière. En raison de cette liberté, comme en tout renoncement au mal, l'effort humain, éclairé et soutenu par la grâce de Dieu, pourra leur permettre d'éviter l'activité homosexuelle." -- Jean-Paul II, 1986, Lettre aux Evêques de l'Eglise Catholique.

** Référence à des amis catholiques qui éprouvent de grandes difficultés à réconcilier leur foi et leur orientation sexuelle.

08/02/07 - 00:14



Elle s'approcha de la fenêtre, l'ouvrit. Bernard, à cet instant, connut une vraie joie ; cette femme qui toujours l'avait intimidé et humilié, comme il la domine, ce soir ! comme elle doit se sentir méprisée ! Il éprouvait l'orgueil de sa modération. Mme de la Trave lui répétait qu'il était un saint ; toute la famille le louait de sa grandeur d'âme : il avait, pour la première fois, le sentiment de cette grandeur. Lorsque avec mille précautions, à la maison de santé, l'attentat de Thérèse lui avait été découvert, son sang-froid, qui lui attira tant de louanges, ne lui avait guère coûté d'efforts. Rien n'est vraiment grave pour les êtres incapables d'aimer ; parce qu'il était sans amour, Bernard n'avait éprouvé que cette sorte de joie tremblante, après un grand péril écarté : ce que peut ressentir un homme à qui l'on révèle qu'il a vécu, durant des années, et à son insu, dans l'intimité d'un fou furieux. Mais, ce soir, Bernard avait le sentiment de sa force ; il dominait la vie. Il admirait qu'aucune difficulté ne résiste à un esprit droit et qui raisonne juste ; même au lendemain d'une telle tourmente, il était prêt à soutenir que l'on n'est jamais malheureux, sinon par sa faute. Le pire des drames, voilà qu'il l'avait réglé comme n'importe quelle autre affaire ; ça ne se saurait presque pas ; il sauverait la face ; on ne le plaindrait plus ; il ne voulait pas être plaint. Qu'y a-t-il d'humiliant à avoir épousé un monstre.. lorsque l'on a le dernier mot ? La vie de garçon a du bon, d'ailleurs, et l'approche de la mort avait accru merveilleusement le goût qu'il avait des propriétés, de la chasse, de l'automobile, de ce qui se mange et de ce qui se boit : la vie, enfin ! Thérèse demeurait debout devant la fenêtre ; elle voyait un peu de gravier blanc, sentait les chrysanthèmes qu'un grillage défend contre les troupeaux. Au-delà, une masse boire de chênes cachait les pins ; mais leur odeur résineuse emplissait la nuit ; pareils à l'armée ennemie, invisible mais toute proche, Thérèse savait qu'ils cernaient la maison. Ces gardiens, dont elle écoute la plainte sourde, la verraient languir au long des hivers, haleter durant les jours torrides ; ils seraient les témoins de cet étouffement lent.

-- François Mauriac, Thérèse Desqueyroux (1927 )

07/02/2007

07/02/07 - 19:22

Dépenses utiles


Le ministre de Tout et candidat de l'UMP à l'élection présidentielle a confirmé qu'il était favorable à la mise en chantier d'un deuxième porte-avions français.

"La France a une grande mission, une mission particulière" dans le monde, qui est une mission de paix, une mission d'équilibre", a déclaré Nicolas Sarkozy.

"Si je suis élu président de la République, j'honorerai cette mission en donnant à nos armées les moyens dont elles ont besoin et le deuxième porte-avion fait partie de ces moyens", a-t-il ajouté.

C'est justement ce que je pensais : il s'agit d'une dépense prioritaire...

07/02/07 - 17:43

Opium du peuple



Pendant qu'on juge la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo pour avoir "publié des caricatures du prophète", des responsables des cultes catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman, arménien de la région lyonnaise se déclarent dans un texte commun publié aujourd'hui contre le mariage homosexuel et l'homoparentalité.

"Ce n'est pas un cadeau à faire aux génération futures", affirme le texte signé par des responsables des cultes catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman, arménien, dont le cardinal Philippe Barbarin, le Grand rabbin Richard Wertenschlag, et le recteur de la mosquée Kamel Kabtane.





"Die Religion ist das Opium des Volkes." -- Karl Marx

07/02/07 - 07:19

Aujourd'hui, pensez à acheter Charlie Hebdo !


Il va leur en falloir, des sous, pour affronter l'Union des organisations islamiques de France et la Grande mosquée de Paris, qui les traînent en justice, et vos deux euros ne seront pas de trop !!!

Alors, quand vous passerez ce matin devant votre kiosque habituel, payez-vous une bonne tranche de rigolade et faites un bras d'honneur à la censure religieuse et à l'obscurantisme !

07/02/07 - 02:34




La voiture allait si lentement qu'à dix heures du matin on n'avait pas fait quatre lieues. Les hommes descendirent trois fois pour monter des côtes à pied. On commençait à s'inquiéter, car on devait déjeuner à Tôtes et l'on désespérait maintenant d'y parvenir avant la nuit. Chacun guettait pour apercevoir un cabaret sur la route, quand la diligence sombra dans un amoncellement de neige, et il fallut deux heures pour la dégager.
L'appétit grandissait, troublait les esprits ; et aucune gargote, aucun marchand de vin ne se montraient, l'approche des Prussiens et le passage des troupes françaises affamées ayant effrayé toutes les industries.
Enfin, à trois heures, comme on se trouvait au milieu d'une plaine interminable, sans un seul village en vue, Boule de suif, se baissant vivement, retira de sous la banquette un large panier couvert d'une serviette blanche.
Elle en sortit d'abord une petite assiette de faïence, une fine timbale en argent, puis une vaste terrine dans laquelle deux poulets entiers, tout découpés, avaient confit sous leur gelée ; et l'on apercevait encore dans le panier d'autres bonnes choses enveloppées, des pâtés, des fruits, des friandises, les provisions préparées pour un voyage de trois jours, afin de ne point toucher à la cuisine des auberges. Quatre goulots de bouteilles passaient entre les paquets de nourriture. Elle prit une aile de poulet et, délicatement, se mit à la manger avec un de ces petits pains qu'on appelle "Régence" en Normandie.
Tous les regards étaient tendus vers elle. Puis l'odeur se répandit, élargissant les narines, faisant venir aux bouches une salive abondante avec une contraction douloureuse de la mâchoire sous les oreilles. Le mépris des dames pour cette fille devenait féroce, comme une envie de la tuer ou de la jeter en bas de la voiture, dans la neige, elle, sa timbale, son panier et ses provisions.
Mais Loiseau dévorait des yeux la terrine de poulet. Il dit : "A la bonne heure, Madame a eu plus de précaution que nous. Il y a des personnes qui savent toujours penser à tout." Elle leva la tête vers lui : "Si vous en désirez, Monsieur ? C'est dur de jeûner depuis le matin." Il salua : "Ma foi, franchement, je ne refuse pas, je n'en peux plus. A la guerre comme à la guerre, n'est-ce pas, Madame ?" Et, jetant un regard circulaire, il ajouta : "Dans des moments comme celui-là, on est bien aise de trouver des gens qui vous obligent." Il avait un journal, qu'il étendit pour ne point tacher son pantalon, et sur la pointe d'un couteau toujours logé dans sa poche, il enleva une cuisse toute vernie de gelée, la dépeça des dents, puis la mâcha avec une satisfaction si évidente qu'il y eut dans la voiture un grand soupir de détresse.
Mais Boule de suif, d'une voix humble et douce, proposa aux bonnes soeurs de partager sa collation. Elles acceptèrent toutes les deux instantanément, et, sans lever les yeux, se mirent à manger très vite après avoir balbutié des remerciements. Cornudet ne refusa pas non plus les offres de sa voisine, et l'on forma avec les religieuses une sorte de table en développant des journaux sur les genoux.
Les bouches s'ouvraient et se fermaient sans cesse, avalaient, mastiquaient, engloutissaient férocement. Loiseau, dans son coin, travaillait dur, et, à voix basse, il engageait sa femme à l'imiter. Elle résista longtemps, puis, après une crispation qui lui parcourut les entrailles, elle céda. Alors son mari, arrondissant sa phrase, demanda à leur "charmante compagne" si elle lui permettait d'offrir un petit morceau à Mme Loiseau. Elle dit : "Mais oui, certainement, Monsieur", avec un sourire aimable, et tendit la terrine.
Un embarras se produisit lorsqu'on eut débouché la première bouteille de bordeaux : il n'y avait qu'une timbale. On se la passa après l'avoir essuyée. Cornudet seul, par galanterie sans doute, posa ses lèvres à la place humide encore des lèvres de sa voisine.
Alors, entourés de gens qui mangeaient, suffoqués par les émanations des nourritures, le comte et la comtesse de Bréville, ainsi que M. et Mme Carré-Lamadon souffrirent ce supplice odieux qui a gardé le nom de Tantale. Tout d'un coup la jeune femme du manufacturier poussa un soupir qui fit retourner les têtes ; elle était aussi blanche que la neige du dehors ; ses yeux se fermèrent, son front tomba : elle avait perdu connaissance. Son mari, affolé, implorait le secours de tout le monde. Chacun perdait l'esprit, quand la plus âgée des bonnes soeurs, soutenant la tête de la malade, glissa entre ses lèvres la timbale de Boule de suif et lui fit avaler quelques gouttes de vin. La jolie dame remua, ouvrit les yeux, sourit et déclara d'une voix mourante qu'elle se sentait fort bien maintenant. Mais, afin que cela ne se renouvelât plus, la religieuse la contraignit à boire un plein verre de bordeaux, et elle ajouta : "C'est la faim, pas autre chose."
Alors Boule de suif, rougissante et embarrassée, balbutia en regardant les quatre voyageurs restés à jeun : "Mon Dieu, si j'osais offrir à ces messieurs et à ces dames..." Elle se tut, craignant un outrage. Loiseau prit la parole: "Eh, parbleu, dans des cas pareils tout le monde est frère et doit s'aider. Allons, Mesdames, pas de cérémonie, acceptez, que diable ! Savons-nous si nous trouverons seulement une maison où passer la nuit ? Du train dont nous allons, nous ne serons pas à Tôtes avant demain midi." On hésitait, personne n'osant assumer la responsabilité du "oui".
Mais le comte trancha la question. Il se tourna vers la grosse fille intimidée, et, prenant son grand air de gentilhomme, il lui dit : "Nous acceptons avec reconnaissance, Madame."
Le premier pas seul coûtait. Une fois le Rubicon passé, on s'en donna carrément. Le panier fut vidé. Il contenait encore un pâté de foie gras, un pâté de mauviettes, un morceau de langue fumée, des poires de Crassane, un pavé de Pont-l'Evêque, des petits fours et une tasse pleine de cornichons et d'oignons au vinaigre, Boule de suif, comme toutes les femmes, adorant les crudités.
On ne pouvait manger les provisions de cette fille sans lui parler. Donc on causa, avec réserve d'abord, puis, comme elle se tenait fort bien, on s'abandonna davantage. Mmes de Bréville et Carré-Lamadon, qui avaient un grand savoir-vivre, se firent gracieuses avec délicatesse. La comtesse surtout montra cette condescendance aimable des très nobles dames qu'aucun contact ne peut salir, et fut charmante. Mais la forte Mme Loiseau, qui avait une âme de gendarme, resta revêche, parlant peu et mangeant beaucoup.

-- Guy de Maupassant, Boule de Suif (1880)

06/02/2007

06/02/07 - 13:34



Charlie Hebdo est poursuivi par l'UOIF et la Grande mosquée de Paris pour avoir publié les caricatures d'un quotidien danois sur Mahomet.

Certains nous disent aujourd'hui que le contexte géopolitique devrait inciter à la prudence, voire au silence. C'est tout le contraire. La liberté d'expression et la laïcité ont besoin d'être réaffirmées comme rarement. Ceux qui résistent à l'intégrisme n'ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n'est entravée ni par la dictature ni par l'intégrisme.
Si Charlie Hebdo venait à être condamné, si l'autocensure généralisée devait faire jurisprudence, nous perdrions tous cet espace commun de résistance et de liberté.


Cliquez ici pour signer la pétition.

06/02/07 - 01:58

Qui te croira ?...





ANGELO : Il ne mourra point, Isabelle, si vous m'accordez votre amour.

ISABELLE : Je sais que votre vertu a le privilège de feindre une apparence de vice pour surprendre les autres.

ANGELO : Croyez-moi, sur mon honneur : mes paroles expriment ma pensée.

ISABELLE : Ah ! c'est bien peu d'honneur pour qu'on y croie beaucoup. Pernicieuse pensée ! Hypocrisie, hypocrisie ! -- Je te dénoncerai tout haut, Angelo, prends-y bien garde : signe-moi tout à l'heure le pardon de mon
frère, ou je vais, à gorge déployée, publier devant l'univers quel homme tu es.

ANGELO : Qui te croira, Isabelle ? Mon nom sans tache, l'austérité de ma vie, mon témoignage contre toi, et mon rang dans l'État, auront tant de prépondérance sur ton accusation, que tu seras étouffée sous ton propre rapport, et taxée de calomnie. J'ai commencé, et maintenant je lâche la bride à mes sens : donne ton consentement à mes violents désirs ; écarte tout scrupule, et ces rougeurs fatigantes qui repoussent ce qu'elles convoitent. Rachète ton frère, en livrant ton corps à mon bon plaisir ; autrement, non seulement il mourra de mort, mais ta cruauté prolongera sa mort par de longs tourments. Donne-moi ta réponse demain, ou, j'en jure par la passion qui me domine à présent, je me montrerai un tyran à son égard. Quant à tes menaces, dis ce que tu voudras ; mes mensonges auront plus de crédit que tes vérités.

-- William Shakespeare (1564-1616), Mesure pour Mesure, II, 4.

05/02/2007

05/02/07 - 16:29

Ce soir, sur TF1, à 21h...



LE GRAND CABARET

Nombreux numéros de prestidigitation
avec
le plus grand

ILLUSIONNISTE

de France !

Réservez votre soirée !


Une soirée de divertissements proposée par TF1, la chaîne qui vend du temps de cerveaux !


05/02/07 - 15:34

Question


La gauche serait-elle en train de se tirer des balles dans le pied avec un fusil-mitrailleur ?

05/02/07 - 00:34

La chute




Et moi qui suis le roi de toute cette incohérence
Que j'aspire à fixer, moi-même tourbillon,
Je tournoie pour m'en aller... Mais tout me pousse
En brume et somnolence.

Si par hasard en mes mains se trouve un peu d'or,
Le voici aussitôt altéré... et je le jette au loin...
Je meurs de dédain auprès d'un trésor,
Je meurs d'excès dans le besoin.

Par découragement, je me hisse au sein de la couleur,
J'étends les bras de l'âme -- et, vulnérable au moindre spasme,
je me passe au crible de l'ombre -- en néant je me condense...
Je vibre encore cependant des agonies de lumière.

Je n'ai pas pu me vaincre, mais je peux encore m'anéantir,
-- Vaincre parfois équivaut à une chute --
Et comme je suis encore lumière, dans un grand reflux,
En mes rages idéales jusqu'à la fin je m'élève :
Je regarde de là-haut la glace, à la glace je me jette...
........................................................................................
J'ai chuté...
Et je me suis seulement écrasé sur moi-même !...

-- Mário de Sá-Carneiro , L'Amant sans amant, (Paris, le 8 mai 1913)



A queda

E eu que sou o rei de toda esta incoerência,
Eu próprio turbilhão, anseio por fixá-la
E giro até partir... Mas tudo me resvala
Em bruma et sonolência.

Se acaso em minhas mãos fica um pedaço d'ouro,
Volve-se logo falso.. ao longe o arremesso...
Eu morro de desdém em frente dum tesouro,
Eu morro à míngua, de excesso.

Alteio-me na cor à força de quebranto,
Estendo os braços d'alma -- e nem um espasmo venço !...
Peneiro-me na sombra -- em nada me condenso...
Agonias de luz eu vibro ainda entanto.

Não me pude vencer, mas posso-me esmagar,
-- Vencer às vezes é o mesmo que tombar --
E como ainda sou luz, num grande retrocesso,
Em raivas ideais, ascendo até ao fim :
Olho do alto o gelo, ao gelo me arremesso...
........................................................................
Tombei...
E fico só esmagado sobre mim !...

-- Mário de Sá-Carneiro


04/02/2007

04/02/07 - 03:52

POUR UNE TRÊVE DES EXÉCUTIONS EN CHINE...


... APPEL AU PRÉSIDENT ET AU PEUPLE CHINOIS

Monsieur le Président Hu Jintao,

Dans la perspective des Jeux olympiques de Pékin et dans l’esprit de l’olympisme, nous vous demandons solennellement, nous citoyens, personnalités et sportifs du monde entier, l’instauration d’une trêve des exécutions en Chine en vue de l’abolition définitive de la peine de mort.

La Chine s’ouvre au monde et le monde prépare les Jeux olympiques de Pékin en 2008 qui viendront couronner son ouverture économique et culturelle.

Pendant ce temps, plus de 95 % des exécutions de la planète sont toujours pratiquées en Chine. Le secret, la torture, les procès expéditifs, les droits de la défense bafoués, sans parler du trafic international d’organes des condamnés, y sont inacceptables comme ailleurs dans le monde.

Cependant, des réformes récentes du système pénal devraient diminuer le nombre des exécutés et nous saluons la prise de parole courageuse d’un nombre croissant d’abolitionnistes chinois.

Depuis l’Antiquité, les Jeux olympiques sont l’occasion de lancer des appels à la trêve des conflits entre les peuples pour promouvoir la paix, à laquelle concourt le respect des droits de l’homme. C’est pourquoi nous vous lançons cet appel :

« POUR LES JEUX OLYMPIQUES DE PÉKIN ! POUR LA TRÊVE DES EXÉCUTIONS EN CHINE ! »

Signez la pétition lancée par Ensemble Contre la Peine de Mort

Cliquez pour agrandir - Click to enlarge


En matière d’exécutions, la Chine bat de tristes records : on estime qu’entre 8 000 et 10 000 personnes y seraient exécutées chaque année, soit plus de 95% des exécutions dans le monde entier. Lors de la désignation de Pékin pour les Jeux olympiques de 2008, les autorités avaient promis de faire des efforts en matière de droits de l’Homme. Des promesses non tenues jusqu’à présent. Le compteur tourne. La répression monte. Les spécialistes du pays partagent leur inquiétude : c’est aujourd’hui qu’il faut agir.

04/02/07 - 02:41




¡Oh tierras de Alvargonzález,
en el corazón de España,
tierras pobres, tierras tristes,
tan tristes que tienen alma!

Páramo que cruza el lobo
aullando a la luna clara
de bosque a bosque, baldíos
llenos de peñas rodadas,
donde roída de buitres
brilla una osamenta blanca;
pobres campos solitarios
sin caminos ni posadas,
¡oh pobres campos malditos,
pobres campos de mi patria!


-- Antonio Machado, La Tierra de Alvargonzález

03/02/2007

03/02/07 - 01:58

Avec l'UMP, tout devient possible


Après l'électeur de droite...
l'électeur du Front national...
l'électeur de gauche...
l'électeur indécis...
l'électeur déçu du socialisme...
l'électeur centriste...
l'électeur abstentionniste...
l'électeur de DVD...

une nouvelle categorie d'électeur :

l'électeur de France*....


*"électeur de France" est une marque déposée de Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa.

03/02/07 - 01:26

Sa 25e année




Il retourne régulièrement dans la taverne
où ils s'étaient rencontrés le mois précédent.
Il s'est renseigné ; mais ils n'ont pas su quoi lui dire.
D'après leurs paroles, il comprit que l'individu
qu'il avait rencontré était totalement inconnu ;
c'était une de ces nombreuses figures inconnues
de jeunes plus ou moins douteux qui passaient par là.
Pourtant, il retourne régulièrement dans la taverne,
et s'y installe à la nuit tombée et regarde vers la porte ;
à n'en plus pouvoir il regarde vers la porte.
Peut-être va-t-il entrer. Peut-être viendra-t-il ce soir.

Cela fait près de trois semaines que cela dure.
Son esprit est obsédé par l'idée du plaisir.
Les baisers sont restés sur sa bouche.
Toute sa chair est victime d'un désir lancinant.
La sensation de ce corps est sur lui.
Il veut s'unir à lui de nouveau.

Il essaie de ne pas se trahir, bien entendu.
Mais par moments, cela lui est presque égal. --
Il sait par ailleurs à quoi il s'expose,
il en a pris son parti. Sans exclure que la vie qu'il mène
aboutisse au plus désastreux des scandales.


-- Constantin Cavafy, En attendant les barbares

02/02/2007

02/02/07 - 16:33

L'UMP : la droite magique



02/02/07 - 15:37

Piéger des gens qui ont faim


Le maire de Paris appelle Nicolas Sarkozy à veiller à ce que des personnes en situation irrégulière ne soient pas interpelées alors qu'elles se trouvent à des distributions de repas des Restos du cœur, comme ce fut le cas mardi soir.

Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, a "dénoncé l'opération de police qui s'est déroulée mardi soir, place de la République, à l'encontre de personnes en situation irrégulière, simultanément à une distribution alimentaire" des Restos du coeur.

Dans un communiqué, le maire de Paris affirme que cette distribution de repas "relève du dispositif d'urgence sociale inconditionnelle qui, dans notre pays, permet de préserver les droits fondamentaux des personnes, quel que soit leur statut".

Selon lui, "il est donc impératif que le ministre de l'Intérieur veille au respect de ce dispositif d'urgence sociale, placé sous l'autorité de l'Etat, et dont le principe n'est jamais facultatif, même en période électorale".

Mercredi, la préfecture de police avait parlé d'une "opération de routine" et indiqué que "vingt et une personnes avaient été interpellées".

"Les habitués de cette distribution arrivent en métro et sont contrôlés, embarqués", poursuit RESF. "C'est comme pour les bêtes : l'appât au centre, les chasseurs en embuscade, les fourgons pour évacuer les prises. Cette rafle ciblée (...) a été exécutée sur réquisition du procureur de la République qui avait ordonné des contrôles entre 19h et 23h sur un périmètre comprenant la place de la République et ses environs", explique RESF.

"Une 'opération' du même ordre a eu lieu il y a une quinzaine de jours", précise RESF. "Les forces de l'ordre s'étaient postées sur la place même, bien visibles. Ce jour-là les Restos du cœur n'ont distribué que 150 repas au lieu des 400 habituels".

L'association croit savoir que les ordres viennent du "ministre de la chasse aux étrangers", le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. "Toutes les rafles sont intolérables, celles qui prennent pour cible les gens qui ont faim sont immondes", conclut RESF.


Bienvenue dans un monde droite !
Bienvenue dans un monde UMP !
Bienvenue dans un monde sarkozien !

02/02/07 - 01:50

Ouverture du Congrès mondial contre la peine de mort

Obtenir l'abolition universelle de la peine capitale: c'est l'objectif du troisième Congrès mondial contre la peine de mort qui s'est ouvert jeudi 1er février à la Cité universitaire internationale de Paris. Le sommet réunit 125 intervenants du monde entier jusqu'à samedi - juristes, militants des droits de l'Homme et personnalité politiques.

Le châtiment suprême est en recul sur la planète mais la situation reste préoccupante en Chine et dans le reste de l'Asie, dans le monde arabe et aux Etats-Unis.

Alors que l'abolition progresse dans le monde et que circulent encore sur Internet les images de l'exécution de Saddam Hussein en Irak, l'objectif est de renforcer la pression de la communauté internationale sur les pays qui exécutent encore. La réunion se penchera ainsi sur les conditions qui pourraient permettre de peser sur les Jeux olympiques de Pékin en 2008 pour faire reculer la peine capitale en Chine.

Selon Amnesty International, depuis 1990, plus de 40 Etats ont aboli la peine de mort pour tous les crimes. Au total, 128 pays ou territoires l'ont abolie de droit ou de fait, mais 69 la maintiennent et l'appliquent encore.

En 2005, ajoute Amnesty International, au moins 2.148 prisonniers ont été mis à mort dans 22 pays, dont 94% dans quatre pays: Chine (1.770 personnes exécutées), Iran (94), Arabie saoudite (86) et Etats-Unis (60). Pour les trois premiers pays, l'organisation de défense des droits de l'Homme précise que ces chiffres sont vraisemblablement en-deçà de la réalité, notamment pour la Chine.

La peine capitale reste en vigueur dans une vingtaine de pays en Afrique et une trentaine en Asie, dont la plupart des Etats du Moyen-Orient et la Chine, championne mondiale des exécutions. Aux Amériques, une dizaine de pays l'appliquent encore, dont Cuba et surtout les Etats-Unis.

Selon Washington, la justice américaine a condamné à mort 128 personnes en 2005, un chiffre en recul constant depuis 1999. En 2006, les Etats-Unis ont exécuté 53 détenus, selon le Centre d'information sur la peine de mort, basé à Washington.

De son côté, l'organisation Ensemble Contre la Peine de Mort signale une situation préoccupante dans la zone Afrique du Nord - Moyen-Orient. "Aucun des 22 pays de la région n'a aboli la peine de mort", souligne l'ONG dans un communiqué. "Le Maroc, la Tunisie, l'Algérie notamment, n'exécutent plus depuis plus de dix ans mais condamnent toujours à la peine capitale. D'autres, comme l'Arabie saoudite et l'Iran, pendent ou lapident chacun plus d'une centaine de condamnés chaque année." Trois hommes ont ainsi été décapités en Arabie saoudite mercredi.

-- Source : NouvelObs.com




02/02/07 - 01:05

Jours de 1908




Cette année-là, il s'était retrouvé sans travail ;
et il ne vivait guère que grâce aux cartes,
au tric-trac, et à des emprunts.

Une place, à trois livres par mois, lui avait bien été
offerte dans une petite papeterie.
Mais il l'avait refusée, sans la moindre hésitation.
Cela n'allait pas. Ce n'était pas un salaire pour un jeune homme
relativement instruit comme lui, et âgé de vingt-cinq ans.

Il pouvait gagner jusqu'à deux ou trois shillings par jour.
Aux cartes et au tric-trac, comment voulez-vous qu'il s'en sorte,
le pauvre garçon, dans les cafés de son milieu, les bistrots populaires
même en jouant intelligemment, en choisissant des partenaires
idiots.
Quant aux emprunts, il ne fallait pas trop compter là-dessus.
A peine s'il atteignait un thaler, devant le plus souvent
se contenter de la moitié, quand ce n'était pas d'un shilling.

Pendant une semaine, quelquefois plus, dès qu'il avait
l'occasion d'échapper à la terrible veille,
pour se rafraîchir, il allait se baigner tôt le matin.

Ses habits étaient dans un piteux état.
Il mettait toujours le même costume, un costume
couleur cannelle, complètement fané.

Ah, ces jours de l'été dix-neuf cent huit,
où avec élégance, s'est effacé de votre vue
le costume fané couleur cannelle.

Votre vue n'a gardé que lui,
à l'instant où il les retirait, où il les arrachait de son corps,
les habits indignes, et les sous-vêtements rapiécés.
Et il était là nu ; impeccablement beau ; une merveille.
Les cheveux dépeignés, tout ébouriffés ;
les membres légèrement hâlés, à cause
de leur nudité matinale au bain, et sur la plage.


-- Constantin Cavafy, En attendant les barbares

01/02/2007

01/02/07 - 17:11

Lilian Thuram dénonce la vision "raciale" de Sarkozy


Le footballeur Lilian Thuram a estimé que Nicolas Sarkozy avait une vision "raciale" des choses et des gens, dans un entretien diffusé mercredi 31 janvier par France Culture.
Evoquant son entretien de l'automne 2005 avec le ministre de l'Intérieur, juste après la crise des banlieues, Lilian Thuram raconte: "Il me dit, vous savez, c'est les Noirs et les Arabes qui créent des problèmes dans les banlieues. Et moi je lui dis: non, ce ne sont pas les Noirs et les Arabes qui créent des problèmes dans les banlieues, ceux qui créent des problèmes dans les banlieues, ça s'appelle des délinquants".

"C'est à dire qu'il a une vision raciale des choses et des gens", poursuit l'international français, qui avait vivement critiqué à l'époque certains propos de Nicolas Sarkozy, notamment l'expression "racaille" pour parler des délinquants des banlieues.

"Il m'a dit par exemple qu'il avait été le premier à nommer un préfet musulman", poursuit Thuram: "Ca veut dire qu'il juge les gens par leur religion (...) Maintenant je comprends mieux ses discours sur le communautarisme et tout ça, pourquoi il pense ça".

-- Source : NouvelObs.com

01/02/07 - 13:56

La peine de mort en Afrique du Nord et au Moyen-Orient


Aucun des vingt-deux pays de la région n’a aboli la peine de mort. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie notamment n’exécutent plus depuis plus de dix ans, mais condamnent toujours à la peine capitale. D’autres, comme l’Arabie saoudite et l’Iran, pendent ou lapident chacun plus d’une centaine de condamnés chaque année.

Qu’elle soit vestige du droit colonial, instrument de coercition de régimes forts, ou appliquée au nom du droit islamique, la peine de mort est inscrite dans le paysage pénal en Afrique du Nord, comme au Moyen-Orient.

Malgré tout, des voix s’élèvent pour dénoncer cette pratique ou la questionner. Ils sont députés, juristes, membres de la société civile ou du clergé. Des voix courageuses pour autant de voies vers l’abolition de la peine de mort dans la région.

Cliquez ici pour lire le dossier dans son intégralité (Ensemble Contre la Peine de Mort).


Venez manifester contre la peine de mort dans le monde samedi 3 février. Départ place de la Bastille, à 14h.

01/02/07 - 02:06



J'eus l'impression qu'une vache me léchait le visage. C'était le regard libidineux du nouveau venu ; je le savais, ils sont comme ça, et mon estomac se noua. Dans les petits villages, les efféminés ne peuvent rien faire, ils sont la risée de tous et évitent de s'exhiber en public ; mais à La Havane, j'avais entendu dire que c'était différent, qu'ils avaient leurs trucs. Si au moment où il me regardait à nouveau je luis donnais une gifle qui le jetterait par terre et lui ferait vomir sa glace à la fraise, il me crierait de là même, bien fort pour que tout le monde l'entende : "Ah, mon chéri, pourquoi ? Je te jure que je ne regardais personne, mon chou." Il pouvait donc continuer à lécher tant qu'il voudrait, je n'allais pas tomber dans la provocation. Quand il comprit qu'il n'obtiendrait rien ainsi, il posa un autre paquet sur la table. Je souris intérieurement parce que je compris qu'il s'agissait d'un hameçon, et je n'étais pas disposé à y mordre. Je me contentai d'un regard en biais et vis celui qui se trouvait tout au-dessus, justement parce qu'il se trouvait au-dessus et qu'il était à portée de vue : Seix Barral, Biblioteca Breve, Mario Vargas Llosa, La Guerre de la fin du monde. Bon sang, ce titre, rien que ça ! Vargas Llosa était un réactionnaire, il disait des horreurs sur Cuba et le socialisme partout où il allait, mais je mourais d'envie de lire son dernier roman et il était là : les pédés obtiennent toujours tout les premiers. "Si tu permets, je vais les ranger", dit-il en faisant disparaître les livres dans un sac avec de très longues bandoulières qu'il portait autour du cou. "Nom d'un chien, pensai-je, ce type a plus de poches qu'un kangourou". "J'ai plus de poches qu'un kangourou, dit-il avec un petit sourire. C'est un matériel trop explosif pour l'exposer en public. Nos policiers sont cultivés. Mais ces livres t'intéressent, je peux te les montrer... ailleurs." Je changeai de poche mon carnet rouge de militant de l'Union des jeunes communistes, pour lui faire comprendre que mes intérêts de lecteur ne créaient aucune intimité entre nous, ou préférait-il que j'appelle un de ces policiers cultivés ? Il ne capta absolument pas le message. Il me regarda avec un nouveau petit sourire et prit du bout de la cuillère un bout de glace qu'il porta au bout de sa langue : "Délicieux, n'est-ce pas ? C'est la seule bonne chose qu'on fasse dans ce pays. Si les Russes se mettent en tête d'avoir la recette, on sera obligés de la leur donner."

-- Senel Paz, Fresa y Chocolate (1991)

*Je cherche depuis longtemps le texte original en espagnol de cette nouvelle de Paz (en espagnol "El lobo, el bosque y el hombre nuevo"). Si quelqu'un peut me faire des photocopies et me les adresser, je me charge de tous les frais, copie et port.

 

"Quand les erreurs sont épuisées, est assis, dernier compagnon, en face de nous, le néant."
-- Bertold Brecht

"Le pire dans le pire, c'est l'attente du pire."
-- Daniel Pennac


Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend :
die Nichts-, die
Niemandsrose.

(Un rien,
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons, fleurissant :
La rose de rien, la
rose de personne.)

-- Paul Celan













G. Delerue, Le Mépris







Yann Tiersen, Good bye Lenin







Maria Bethânia, Ronda







Maria Bethânia, Negue







Djamel Benyelles, She left home (Arabesques)







Johnny Cash, The City of New Orleans

















   

































"L'ennemi est bête. Il croit que l'ennemi, c'est nous, alors que c'est lui. J'en ris encore !"
-- Pierre Desproges


"Quiconque éprouve du plaisir à marcher en rangs serrés, au son de la musique est, pour moi, d'emblée, un objet de mépris. Il n'a reçu son cerveau que par mégarde puisque la moelle épinière lui aurait amplement suffi."
-- Albert Einstein


"But a resolution to avoid an evil is seldom framed till the evil is so far advanced as to make avoidance impossible."
-- Thomas Hardy


"Eternity is really long, especially near the end."
-- Woody Allen


"Interestingly, according to modern astronomers, space is finite. This is a very comforting thought - particularly for people who cannot remember where they left things."
-- Woody Allen


"Penser est la chose la plus malsaine du monde et on en meurt comme de quelque autre maladie."
-- Oscar Wilde


"I didn't know he was dead; I thought he was British."
-- Woody Allen


"Etre soi-même !... Mais soi-même en vaut-il la peine ?"
-- Paul Valéry


"Il me reste d'être l'ombre
parmi les ombres
d'être cent fois plus ombre que l'ombre,
d'être l'ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée."
-- René Char


"Eternal nothingness is fine if you happen to be dressed for it."
-- Woody Allen


"Je ne sais si cela se peut ; mais je sais bien que cela est."
-- Molière


"Que a porta do meu quarto fique para sempre fechada
Que não se abra mesmo para ti se tu lá fores."
-- Mário de Sá-Carneiro


"How beggarly appear arguments before a defiant deed!"
-- Walt Whitman


"J'ai jamais tué d'chats
Ou alors ya longtemps
Ou y sentaient pas bon..."
-- Jacques Brel


Yo no soy yo.
Soy este
que va a mi lado sin yo verlo
que a veces voy a ver
y que a veces olvido.
El que calla sereno cuando hablo
el que perdona dulce cuando odio
el que pasea por donde no estoy
el que quedará en pie cuando yo muera
-- Juan Ramón Jiménez


On n'emmène pas de saucisses quand on va à Francfort.
-- Michel Audiard


Civilization and violence are antithetical concepts. Through violence you may murder a murderer, but you can't murder murder. Through violence you may murder a liar, but you can't establish truth. Through violence you may murder a hater, but you can't murder hate. Darkness cannot put out darkness, only light can do that.
-- Dr. Martin Luther King Jr.


Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui. Je souperai avec lui et lui avec moi.
-- Apocalypse 3:20


La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment, d’autres s’y prennent avec vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.
-- Céline


"L'obsession du suicide est le propre de celui qui ne peut ni vivre ni mourir, et dont l'attention ne s'écarte jamais de cette double impossibilité."
-- Cioran


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