"Yo señor no soy malo aunque no me faltarían motivos para serlo. Los mismos cueros tenemos todos los mortales al nacer y sin embargo, cuando vamos creciendo, el destino se complace en variarnos como si fuésemos de cera y en destinarnos por sendas diferentes al mismo fin: la muerte. Hay hombres a quienes se les ordena marchar por el camino de las flores, y hombres a quienes se les manda por el camino de los cardos y de las chumberas. Aquellos gozan de un mirar sereno y al aroma de su felicidad sonríen con la cara del inocente; estos otros sufren del sol violento de la llanura y arrugan el ceño como las alimañas por defenderse. Hay mucha diferencia entre adornarse las carnes con arrebol y colonia, y hacerlo con tatuajes que después nadie ha de borrar ya." -- Camilo José Cela, La Familia de Pascual Duarte (1942)
Le Canard enchaîné affirme dans son édition du mercredi 31 janvier que les renseignements généraux ont enquêté sur le patrimoine immobilier de Ségolène Royal.
L'hebdomadaire satirique, qui a affirmé la semaine dernière que les RG avaient enquêté sur un collaborateur de Ségolène Royal à la demande du cabinet de Nicolas Sarkozy, écrit qu'Alexandre Pichon, le responsable de la cellule communication des RG, a demandé fin novembre 2006 à "tout" connaître sur le patrimoine du couple socialiste, un "ordre sans équivoque". "Il veut 'tout' sur le patrimoine immobilier de la candidate qui vient d'être choisie par les socialistes", raconte le journal satirique.
Les RG étaient supposés ne plus suivre depuis la fin des années 1990 la vie interne des partis et devaient se réorienter vers la lutte contre le terrorisme, les violences urbaines et l'économie souterraine.
"Formidable coïncidence, deux mois plus tard", le travail des RG "sera utilisé pour une campagne visant à déstabiliser le couple Royal-Hollande au sujet de son patrimoine" avec l'affirmation que "le couple a constitué une SCI pour échapper à l'impôt sur la fortune", écrit le Canard au sujet d'une rumeur qui se révélera fausse.
Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, a demandé mardi soir à Jacques Chirac de "révoquer" Nicolas Sarkozy de son poste de ministre de l'intérieur, après les affirmations du Canard enchaîné. L'hebdomadaire "révèle avec acuité que M. Sarkozy a scandaleusement instrumentalisé lui-même les services de l'Etat à des fins partisanes", accuse M. Lang dans un communiqué, en ajoutant : "Il appartient au président de la République de tirer aujourd'hui même les conséquences de ces voies de fait et de révoquer M. Sarkozy."
Source : Le Monde.fr du 31 janvier 2007
Bienvenue dans un monde de droite ! Bienvenue dans un monde UMP ! Bienvenue dans un monde sarkozien !
Nous nous forcions aux pratiques d'une dévotion exaltée, qui ne correspondaient plus à nos vraies croyances ; ceux auxquels tout manque s'appuient sur Dieu et c'est à ce moment que Dieu leur manque aussi. Souvent, nous nous attardions dans ces vieilles églises accueillantes et sombres qu'on visite en voyage ; nous avions même pris l'habitude d'y prier. Nous revenions le soir, serrés l'un contre l'autre, unis du moins par une ferveur commune ; nous trouvions des prétextes pour rester dans la rue à regarder la vie des autres ; la vie des autres paraît toujours facile parce qu'on ne la vit pas. Nous savions trop bien que notre chambre nous attendait quelque part, une chambre de passage, froide, nue, vainement ouverte sur la tiédeur de ces nuits italiennes, une chambre sans solitude, et pourtant sans intimité. Car nous habitions la même chambre, c'est moi qui le voulais. Nous hésitions chaque soir à allumer la lampe ; sa lumière nous gênait, et cependant, nous n'osions plus l'éteindre. Vous me trouviez pâle ; vous ne l'étiez pas moins ; j'avais peur que vous n'eussiez pris froid ; vous me reprochiez doucement de m'être fatigué à des prières trop longues ; nous étions l'un pour l'autre d'une désespérante bonté. Vous aviez à cette époque des insomnies intolérables ; j'avais, moi aussi, du mal à m'endormir ; nous simulions la présence du sommeil, pour n'être pas forcés de nous plaindre l'un l'autre. Ou bien vous pleuriez. Vous pleuriez, le plus silencieusement possible, pour que je ne m'en aperçusse pas, et je feignais alors de ne pas vous entendre. Il vaut peut-être mieux ne pas s'apercevoir des larmes, lorsqu'on ne peut pas les consoler.
Mon caractère changeait : je devenais fantasque, difficile, irritable, il semblait qu'une vertu me dispensât des autres. Je vous en voulais de ne pas réussir à me donner ce calme, sur lequel j'avais compté, et que je ne demandais, mon Dieu, pas mieux que d'obtenir. J'avais pris l'habitude des demi-confidences ; je vous torturais d'aveux, d'autant plus inquiétants qu'ils étaient incomplets. Nous trouvions, dans les larmes, une sorte de satisfaction misérable ; notre double détresse finissait par nous unir, autant que du bonheur. Vous aussi, vous vous transformiez. Il semblait que je vous eusse ravi votre sérénité d'autrefois, sans être parvenu à me l'approprier. Vous aviez, comme moi, des impatiences et des tristesses soudaines, impossibles à comprendre ; nous n'étions plus que deux malades s'appuyant l'un sur l'autre.
-- Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du Vain Combat (1929)
Abolition de la peine de mort : discours de Robert Badinter
"Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus pour notre honte commune, des exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. A cet instant, j'ai le sentiment d'assumer, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, le mot de ministère c'est le service, j'ai le sentiment de l'assumer. Demain, c'est l'abolition."
Cliquez ici pour lire le texte intégral du discours prononcé par Robert Badinter, garde des Sceaux, le 17 septembre 1981, à l'Assemblée nationale.
"Nul ne peut être condamné à la peine de mort".
C'est l'unique article du projet de loi constitutionnelle qui modifiera le titre VIII de la Constitution que l'Assemblée nationale s'apprête mardi 30 janvier à adopter. L'interdiction de la peine de mort sera alors inscrite dans la Constitution, un quart de siècle après son abolition en France.
L'inscription de l'abolition de la peine de mort dans la Constitution permettra à la France de ratifier deux protocoles internationaux : un protocole européen de 2002 et un protocole de 1989 signé à New York qui prescrit une abolition définitive de la peine de mort.
Venez manifester contre la peine de mort dans le monde ce samedi 3 février, à partir de 14h00. Départ place de la Bastille.
La police a fait preuve d'un zèle assez rare pour retrouver le scooter du fils de Nicolas Sarkozy.
Le fils du ministre de Tout avait déclaré le vol devant le domicile de sa mère de son Piaggio 50 cm3, le 7 janvier. L'engin n'avait pas d'antivol et n'était pas non plus assuré contre le vol.
Mais, alors que dans la plupart des cas de disparition de deux-roues, aucune investigation n'est menée, les policiers ont déployé des moyens démesurés pour retrouver le ou les voleurs.
Quelques jours après le dépôt de la plainte, des policiers tombent en effet, par hasard, sur le fameux véhicule, abandonné sur un parking. Ils décident alors de rechercher l'identité des voleurs en procédant à un relevé d'empreintes ainsi qu'à deux prélèvements d'ADN. Selon des informations obtenues par nouvelobs.com, le prix d'une analyse d'un prélèvement ADN par un laboratoire privé avoisine les 300 euros hors taxes, soit 600 euros pour deux analyses.
Des investigations qui ont permis de conduire à l'arrestation, mardi 23 et mercredi 24 janvier, de trois suspects, deux âgés de 17 ans et un de 18 ans à Bobigny et Montreuil. Ils devraient être jugés ultérieurement.
De son côté, Le Parisien rappelle que "l'an passé, 85.167 deux-roues ont été dérobés, selon les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur. Seuls 6.908 vols ont été élucidés et 281 personnes ont été écrouées.
André Glucksmann annonce qu'il soutient Nicolas Sarkozy. Evoquant la gauche, sa "famille d'origine", qui "se croit moralement infaillible et mentalement intouchable", le philosophe annonce dans une tribune au Monde son soutien au candidat UMP.
Bon débarras ! Qu'il aille rejoindre la cohorte des Sevran, Doc Gynéco et tutti quanti...
On the other hand, when the plague at first seized a family that is to say, when any body of the family had gone out and unwarily or otherwise catched the distemper and brought it home - it was certainly known by the family before it was known to the officers, who, as you will see by the order, were appointed to examine into the circumstances of all sick persons when they heard of their being sick.
In this interval, between their being taken sick and the examiners coming, the master of the house had leisure and liberty to remove himself or all his family, if he knew whither to go, and many did so. But the great disaster was that many did thus after they were really infected themselves, and so carried the disease into the houses of those who were so hospitable as to receive them; which, it must be confessed, was very cruel and ungrateful.
And this was in part the reason of the general notion, or scandal rather, which went about of the temper of people infected: namely, that they did not take the least care or make any scruple of infecting others, though I cannot say but there might be some truth in it too, but not so general as was reported. What natural reason could be given for so wicked a thing at a time when they might conclude themselves just going to appear at the bar of Divine justice I know not. I am very well satisfied that it cannot be reconciled to religion and principle any more than it can be to generosity and Humanity, but I may speak of that again.
I am speaking now of people made desperate by the apprehensions of their being shut up, and their breaking out by stratagem or force, either before or after they were shut up, whose misery was not lessened when they were out, but sadly increased. On the other hand, many that thus got away had retreats to go to and other houses, where they locked themselves up and kept hid till the plague was over; and many families, foreseeing the approach of the distemper, laid up stores of provisions sufficient for their whole families, and shut themselves up, and that so entirely that they were neither seen or heard of till the infection was quite ceased, and then came abroad sound and well. I might recollect several such as these, and give you the particulars of their management; for doubtless it was the most effectual secure step that could be taken for such whose circumstances would not admit them to remove, or who had not retreats abroad proper for the case; for in being thus shut up they were as if they had been a hundred miles off. Nor do I remember that any one of those families miscarried. Among these, several Dutch merchants were particularly remarkable, who kept their houses like little garrisons besieged suffering none to go in or out or come near them, particularly one in a court in Throgmorton Street whose house looked into Draper's Garden.
But I come back to the case of families infected and shut up by the magistrates. The misery of those families is not to be expressed; and it was generally in such houses that we heard the most dismal shrieks and outcries of the poor people, terrified and even frighted to death by the sight of the condition of their dearest relations, and by the terror of being imprisoned as they were.
-- Daniel Defoe, A Journal of the Plague Year (1722)
Action (ludique) en ligne d'Amnesty International : un voyage virtuel vers Guantánamo dans le but de "fermer" le centre de détention sur la base militaire.
Bon, si même Amnesty se met à faire dans le "ludique"... M'enfin, c'est un moyen comme un autre (ou presque) de signer une pétition...
Quand j'eus fini de lire ces lignes, je m'assis sur le lit, la lettre à la main, les yeux perdus dans le vide. Par la fenêtre grande ouverte, j'apercevais des pins et à travers leurs troncs la paroi rocheuse. Puis, de la fenêtre, mon regard fit le tour de la chambre : tout y sentait le désordre, un désordre d'absence : pas de vêtements, de souliers, d'objets de toilette… des tiroirs béants et vides, l'armoire aux battants grands ouverts sur des cintres nus ; rien qui traînât sur les sièges. J'avais souvent pensé depuis quelque temps qu'Emilia pouvait me quitter, j'y pensais comme à une catastrophe possible ; maintenant j'étais en pleine catastrophe. Une douleur sourde montait en moi, paraissant venir du fond de moi-même ; comme un arbre déraciné pourrait avoir mal aux racines qui le retenaient à terre. En vérité, j'avais été déraciné d'un seul coup et, comme l'arbre que je viens d'évoquer, mes racines étaient arrachées du sol. Emilia, cette douce terre qui les avait nourries de son amour leur manquait maintenant et, faute de pouvoir s'alimenter, elles allaient se dessécher peu à peu ; déjà je les sentais flétries et j'en souffrais indiciblement.
Finalement je retournai dans ma chambre. Je me sentais étourdi, assommé comme après une chute grave, quand sous la douleur sourde que l'on éprouve on sent poindre en le redoutant le spasme aigu qui va bientôt se déchaîner. Tout en surveillant ma douleur latente sans vouloir m'y appesantir de peur de la réveiller, je pris machinalement mon maillot de bain, sortis de la villa, parcourus le sentier qui fait le tour de l'île et arrivai sur la place de Capri. Là, j'achetai un journal, m'assis dans un café et alors qu'il me semblait impossible de penser à autre chose qu'à mon malheur, je lus les nouvelles de la première à la dernière ligne. Pareil à la mouche dont un enfant cruel a arraché la tête et qui, malgré cette mutilation, continue pendant quelques instants à se promener et à se nettoyer les pattes avant de s'abattre pour mourir, j'étais comme insensible.
Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.
Des jours, des semaines, des mois passèrent. De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l'horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l'épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu'elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp. Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d'autres.
Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l'appel. Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l'appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major. J'imaginais qu'il allait encore nous assener sa foi aveugle dans le Reich assortie d'une liste de consignes, d'insultes et de menaces à l'instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s'agissait en fait d'une épreuve autrement plus pénible, d'une condamnation à mort.
Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l'avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J'avais prié pour qu'il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s'embuèrent de larmes. Il n'avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s'était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j'ai totalement oublié le contenu de l'acte de mise à mort.
Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d'abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d'horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu'il perde très vite connaissance.
Depuis, il m'arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux. Je n'oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd'hui ? Sont-ils donc tous morts ? Il est vrai que nous étions parmi les plus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d'atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d'autres.
Quant à moi, après des dizaines d'années de silence, j'ai décidé de parler, de témoigner, d'accuser.
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-- Extrait de "Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel", écrit en collaboration avec Jean Le Bitoux, éditions Calmann-Lévy, 1994. Photo de Pierre Seel (ci-dessus) réalisée par Orion Delain lors d'un dépôt de gerbe organisé à Reims, en 1997, à la mémoire des victimes homosexuelles des nazis.
Pierre Seel, seul déporté homosexuel français à avoir relaté sa captivité dans les camps nazis, est décédé le 25 novembre 2005, à Toulouse, à l'âge de 82 ans. Pour en savoir plus sur la persécution des homosexuels sous le régime nazi, voir le site Triangles Roses.
À mesure qu'approche le soir, une inquiétude incompréhensible m'envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j'essaye de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue à peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l'oppression d'une crainte confuse et irrésistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit. Vers dix heures, je monte dans ma chambre. À peine entré, je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j'ai peur... de quoi ?... Je ne redoutais rien jusqu'ici... J'ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j'écoute... j'écoute... quoi ?... Est-ce étrange qu'un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l'irritation d'un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j'attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l'attends avec l'épouvante de sa venue ; et mon coeur bat, et mes jambes frémissent, et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu'au moment où je tombe tout à coup dans le repos, comme on tomberait pour s'y noyer, dans un gouffre d'eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, caché près de moi, qui me guette, qui va me saisir par la tête, me fermer les yeux, m'anéantir.
Je dors longtemps deux ou trois heures puis un rêve non un cauchemar m'étreint. Je sens bien que je suis couché et que je dors... je le sens et je le sais... et je sens aussi que quelqu'un s'approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s'agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre... serre... de toute sa force pour m'étrangler. Moi, je me débats, lié par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, je ne peux pas ; je veux remuer, je ne peux pas ; j'essaye, avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner, de rejeter cet être qui m'écrase et qui m'étouffe, je ne peux pas ! Et soudain, je m'éveille, affolé, couvert de sueur. J'allume une bougie. Je suis seul.
Je vois par vos beaux yeux une douce lumière
que par les miens, aveugles, je ne saurais voir ;
je porte avec vos pieds un fardeau sur l'échine
que les miens, claudicants, n'auraient jamais souffert ;
Je vole avec vos ailes, moi qui suis sans plumes,
par votre esprit sans cesse entraîné dans le ciel ;
je suis à votre gré ou livide ou vermeil,
transi dans le soleil ou chaud par froide brume.
Mon désir ne réside qu'en votre vouloir,
mes pensées ne se forgent que dans votre coeur,
mes paroles ne naissent que de votre souffle.
Je ressemble à ce qu'est, d'elle-même, la lune
dont nos yeux ne sauraient découvrir dans le ciel
qu'une portion : celle qu'embrase le soleil.
Je propose qu'on rende au parvis de Notre-Dame sa dignité récemment confisquée, et qu'on lui donne le nom d'un homme ou d'une femme ayant authentiquement oeuvré pour l'humanité. Si cette place doit, pour des raisons que je peux deviner mais auxquelles je n'adhère pas, porter le nom d'une figure emblématique de la chrétienté, je propose qu'on la rebaptise "Place abbé Pierre".
De noite eu rondo a cidade
A lhe procurar sem encontrar
No meio de olhares espio
En todos os bares você não está
Volto para casa abatida
Desencantada da vida
O sonho alegria me dá
Nele você está
Ah ! se eu tivesse
Quem bem me quisesse
Esse alguém me diria
Desiste essa busca é inútil
Eu não desistia
Porém com perfeita paciência
Sigo a te buscar
Hei de encontrar
Bebendo com outras mulheres
Rodando dadinhos
Jogando bilhar
E nesse dia então
Vai dar na primeira edição
Cena de sangue num bar
Da avenida São João.
-- Texte de Paulo Vanzolini, interprète Maria Bethânia
Ronde
La nuit je fais le tour de la ville
à ta recherche, sans te trouver,
Au milieu des regards espions
Tu n'es dans aucun bar
Je rentre à la maison abattue
Désenchantée de la vie
Je trouve la joie dans mes rêves
Car dans mes rêves, tu es présent.
Ah ! si j'avais
quelqu'un qui m'aime bien
Ce quelqu'un me dirait
Laisse tomber, tu perds ton temps
Mais moi je continue.
Au contraire, avec une patience inébranlable
Je continue à te chercher
Et un jour je finirai par te trouver
Un verre à la main avec d'autres femmes
Faisant rouler les dés
Jouant au billard
Et ce jour-là
On pourra lire en première page
Crime passionnel dans un bar
De l'avenue São João.
Anticlérical fanatique
Gros mangeur d'ecclésiastiques,
Cet aveu me coûte beaucoup,
Mais ces hommes d'Eglise, hélas !
Ne sont pas tous des dégueulasses,
Témoin le curé de chez nous.
Quand la foule qui se déchaîne
Pendit un homme au bout d'un chêne
Sans forme aucune de remords,
Ce ratichon fit scandale
Et rugit à travers les stalles,
"Mort à toute peine de mort !"
Puis, on le vit, étrange rite,
Qui baptisait les marguerites
Avec l'eau de son bénitier
Et qui prodiguait les hosties,
Le pain bénit, l'Eucharistie,
Aux petits oiseaux du moutier.
Ensuite, il retroussa ses manches,
Prit son goupillon des dimanches
Et, plein d'une sainte colère,
Il partit comme à l'offensive
Dire une grand' messe exclusive
A celui qui dansait en l'air.
C'est à du gibier de potence
Qu'en cette triste circonstance
L'Hommage sacré fut rendu.
Ce jour là, le rôle du Christ(e),
Bonne aubaine pour le touriste,
Eté joué par un pendu.
Et maintenant quand on croasse,
Nous, les païens de sa paroisse,
C'est pas lui qu'on veut dépriser.
Quand on crie "A bas la calotte !"
A s'en faire péter la glotte,
La sienne n'est jamais visée.
Anticléricaux fanatiques
Gros mangeurs d'ecclésiastiques,
Quand vous vous goinfrerez un plat
De curetons, je vous exhorte,
Camarades, à faire en sorte
Que ce ne soit pas celui-là.
Sarkozy annonce son intention de mener une "rupture écologique" après le retrait de Nicolas Hulot, et d'engager cette 'rupture' sans renoncer au progrès, sans renoncer au développement. Il affirme son intention de créer "un ministère du Développement durable, confié à un ministre d'Etat, qui aura sous son autorité l'écologie, l'eau, les transports et l'énergie".
Le candidat de l'UMP s'engage à "rendre accessibles tous les produits écologiques" par une TVA réduite à 5,5% et propose de "doubler la fiscalité écologique".
Le candidat UMP proposera en outre à l'Union européenne "d'engager un nouveau programme de recherche commun sur les nouvelles énergies".
Si toutes ces mesures audacieuses ne viennent pas à bout du réchauffement climatique, c'est à désespérer de la politique...
"Pourquoi la douleur de chaque jour se traduit-elle dans nos rêves de manière aussi constante par la scène toujours répétée du récit fait et jamais écouté ?"
How many thousand of my poorest subjects
Are at this hour asleep! O sleep, O gentle sleep,
Nature's soft nurse, how have I frighted thee,
That thou no more wilt weigh my eyelids down
And steep my senses in forgetfulness?
Why rather, sleep, liest thou in smoky cribs,
Upon uneasy pallets stretching thee
And hush'd with buzzing night-flies to thy slumber,
Than in the perfumed chambers of the great,
Under the canopies of costly state,
And lull'd with sound of sweetest melody?
O thou dull god, why liest thou with the vile
In loathsome beds, and leavest the kingly couch
A watch-case or a common 'larum-bell?
Wilt thou upon the high and giddy mast
Seal up the ship-boy's eyes, and rock his brains
In cradle of the rude imperious surge
And in the visitation of the winds,
Who take the ruffian billows by the top,
Curling their monstrous heads and hanging them
With deafening clamour in the slippery clouds,
That, with the hurly, death itself awakes?
Canst thou, O partial sleep, give thy repose
To the wet sea-boy in an hour so rude,
And in the calmest and most stillest night,
With all appliances and means to boot,
Deny it to a king? Then happy low, lie down!
Uneasy lies the head that wears a crown.
-- William Shakespeare, King Henry IV, Part II, Act III, Scene I
Selon un sondage TNS-Sofres/Le Figaro Magazine/France 5, Ségolène Royal devancerait Nicolas Sarkozy aux premier et au second tours de l'élection présidentielle, a-t-on appris vendredi 19 janvier.
Selon ce sondage, la candidate socialiste obtiendrait au second tour 52% des suffrages, contre 48% pour le candidat de l'UMP. La marge d'erreur est d'environ plus ou moins trois points de pourcentage.
Ségolène Royal arriverait également en tête au premier tour avec 34% des intentions de vote, devant Nicolas Sarkozy (29%). Loin derrière, le président du Front national Jean-Marie Le Pen arrive troisième, avec 14%, et celui de l'UDF François Bayrou quatrième avec 9%. Olivier Besancenot arriverait ensuite, avec 4%, puis Arlette Laguiller, avec 3,5%.
- sondage réalisé en face-à-face du 10 au 12 janvier auprès d'un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. (AP)
Bon, d'accord, c'est qu'un sondage... Et les sondages...
Cet homme
tout seul
avec sa bougie à la main
à l'angle du bâtiment
de briques rouges
"The Walls"
lieu d'application
de la peine capitale
à Huntsville - Texas.
Il est là
chaque soir d'exécution
avec sa bougie
parce qu'il n'est pas
d'accord
avec ce meurtre légal.
Un seul
parmi vingt-cinq mille
habitants
avec une pauvre bougie
pour combattre les
ténèbres
de l'obscurantisme
à Huntsville - Texas
où le jour se lève
drapé des noirs oripeaux
de la nuit
et de la mort.
Il y a trente ans, le 17 janvier 1977, l’exécution de Gary Gilmore marquait la reprise des exécutions aux Etats-Unis, après que la Cour suprême ait interrompu le moratoire instauré quatre ans auparavant.
Depuis trente ans, 1 059 exécutions ont eu lieu aux Etats-Unis. Pendant la même période, la libération de 123 condamnés à mort qui ont pu prouver leur innocence, les nombreuses erreurs judiciaires, les graves manquements aux règles d’un procès équitable, l’aggravation des conditions de détention des 3370 condamnés des couloirs de la mort ont fait peser un doute insupportable sur la justice américaine.
Cependant, le nombre des condamnations à mort et des exécutions est en baisse constante depuis plusieurs années (98 exécutions en 1999, 53 en 2006), grâce surtout à l’amélioration de la formation des avocats, à des défenses pro bono et à la spécialisation des défenseurs sur les cas de peine de mort.
"Les Etats-Unis sont peut-être à un tournant, a commenté Michel Taube, Délégué général et porte-parole d’ECPM. Les exécutions ont été suspendues en Floride, en Californie, dans le Maryland après des exécutions particulièrement cruelles et après la publication de l’étude de la revue médicale « The Lancet » démontrant que l’injection létale inflige un traitement cruel, inhumain et dégradant." Des gouverneurs récemment élus sont opposés à la peine de mort (Martin O’Malley dans le Maryland, Ted Strickland dans l’Ohio et Tim Kaine en Virginie)."
L'Arabie saoudite vient de procéder à la première exécution en 2007. Un Saoudien a été décapité pour avoir tué un homme à la suite d'une dispute. Aucune autre précision n'a été donnée. En Arabie saoudite, le meurtre, le trafic de drogue, le vol à main armée et le viol peuvent donner lieu à une condamnation à mort. Les décapitations se font au sabre, et en public. En 2005, 90 personnes ont été décapitées dans le royaume saoudien, contre 38 en 2006.
"Le prêtre se releva pour prendre le crucifix ; alors elle allongea le cou comme quelqu'un qui a soif, et, collant ses lèvres sur le corps de l'Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné. Ensuite, il récita le Misereatur et l'Indulgentiam, trempa son pouce droit dans l'huile et commença les onctions : d'abord sur les yeux, qui avaient tant convoité toutes les somptuosités terrestres ; puis sur les narines, friandes de brises tièdes et de senteurs amoureuses ; puis sur la bouche, qui s'était ouverte pour le mensonge, qui avait gémi d'orgueil et crié dans la luxure ; puis sur les mains, qui se délectaient aux contacts suaves, et enfin sur la plante des pieds, si rapides autrefois quand elle courait à l'assouvissance de ses désirs, et qui maintenant ne marcheraient plus."
-- Gustave Flaubert, Madame Bovary
Le gagnant est toutneuf69. Félicitations du jury ! ;°) La prochaine fois, ce sera plus difficile.
Inspiré par les quiz de Leos, je vous propose à mon tour le petit jeu suivant. Qui a écrit le texte ci-dessous ? De quelle oeuvre ce texte est-il extrait ? Vous ne devriez pas avoir beaucoup de mal à trouver car pour inaugurer ce quiz, je n'ai pas cherché la difficulté...
"Le prêtre se releva pour prendre le crucifix ; alors elle allongea le cou comme quelqu'un qui a soif, et, collant ses lèvres sur le corps de l'Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné. Ensuite, il récita le Misereatur et l'Indulgentiam, trempa son pouce droit dans l'huile et commença les onctions : d'abord sur les yeux, qui avaient tant convoité toutes les somptuosités terrestres ; puis sur les narines, friandes de brises tièdes et de senteurs amoureuses ; puis sur la bouche, qui s'était ouverte pour le mensonge, qui avait gémi d'orgueil et crié dans la luxure ; puis sur les mains, qui se délectaient aux contacts suaves, et enfin sur la plante des pieds, si rapides autrefois quand elle courait à l'assouvissance de ses désirs, et qui maintenant ne marcheraient plus."
Quelques jours avant que tu ne mourusses, la mort
avait jeté les yeux sur quelqu'un de ton âge :
à vingt ans, tu étudiais, il était manœuvre,
toi, noble, riche, et lui, garnement plébéien :
mais les mêmes jours ont doré tout autour de vous
la Rome antique, lui redonnant tant de jeunesse.
J'ai vu sa dépouille, pauvre Zucchetto.
Il rôdait la nuit, saoul, auteur des Marchés,
et un tram, qui venait de Saint-Paul, l'a renversé
et traîné quelque temps sur les rails parmi les platanes :
on l'a laissé quelques heures, sous les roues :
quelques curieux se réunirent tout autour pour le regarder
en silence : il était tard, les passants étaient rares.
L'un de ces hommes qui te doivent l'existence,
un vieux policier, débraillé comme un gueux,
criait, si on l'approchait trop : "Foutez le camp !"
Puis l'ambulance d'un hôpital vint l'emporter :
les gens s'en allèrent, il ne resta que des lambeaux çà et là,
et la patronne d'un café ouvert la nuit, un peu plus loin,
qui le connaissait bien, dit à quelqu'un qui arrivait
que Zucchetto était passé sous un tram, que c'était fini.
Tu mourus quelques jours plus tard : Zucchetto était membre
de ton grand troupeau apostolique et humain,
un pauvre ivrogne, sans famille et sans toit,
qui rôdait la nuit, vivant comme il pouvait.
Tu en ignorais tout : et tu ignorais tout, de même,
de milliers d'autres christs comme lui.
Peut-être est-il cruel de se demander pourquoi
les gens comme Zucchetto étaient indignes de ton amour.
Il y a des lieux infâmes, où mères et enfants
vivent depuis toujours dans la poussière et dans la boue d'un
autre âge.
Pas très loin de là où tu as vécu,
en vue de la belle coupole de Saint-Pierre,
il y a l'un de ces endroits, le Jasmin…
Un mont qu'entaille à mi-flanc une carrière, et, au-dessous,
entre une mare et une rangée de nouveaux immeubles,
un tas de misérables abris, non point maisons, mais porcheries.
Il eût suffi d'un geste de ta part, d'un mot,
pour que ceux de tes fils qui vivaient là trouvent un toit :
tu n'as pas fait un geste, et tu n'as soufflé mot.
Il n'était pourtant pas question d'absoudre Marx ! Une vague
immense, qui rejaillit sur des milliers d'années de vie,
te séparait de lui, de sa religion :
mais ta religion ignore-t-elle la pitié ?
Des milliers d'hommes, lors de ton pontificat,
ont vécu sous tes yeux dans le fumier, les porcheries.
Tu savais que pécher n'est pas faire le mal :
ne point faire le bien, voilà le vrai péché.
Que de bien tu aurais pu faire ! Et tu ne l'as point fait :
il n'y eut pas de plus grand pécheur que toi.
-- Pier Paolo Pasolini, Humilié et Offensé (Epigrammes), 1958
LE DUC.-Ainsi, vous espérez donc obtenir votre grâce du seigneur Angelo ?
CLAUDIO.-Les malheureux n'ont d'autre remède que l'espérance : j'ai l'espérance de vivre, et je suis prêt à mourir.
LE DUC.-Soyez tout entier à la mort, et soit la vie, soit la mort, vous en paraîtront plus douces. Raisonnez ainsi avec la vie : si je te perds, je perds une chose qui n'est estimée que des insensés. Tu n'es qu'un souffle, soumis à toutes les influences de l'atmosphère, affligeant à toute heure le corps que tu habites ; tu n'es que le jouet de la mort ; tu travailles à l'éviter par la fuite et tu cours te précipiter dans ses bras. Homme ! tu n'as rien de noble ; car tous les avantages que tu possèdes sont nourris de tout ce qu'il y a de plus bas : tu n'as en toi nul courage ; car tu crains jusqu'au faible dard fourchu d'un pauvre ver : ton meilleur repos c'est le sommeil ; aussi tu le recherches souvent, et pourtant tu crains sottement la mort, qui n'est rien de plus. Tu n'es jamais toi-même, tu n'existes que par des milliers de graines sorties de la poussière : tu n'es pas heureux ; car ce que tu n'as pas, tu cherches sans cesse à l'obtenir ; et ce que tu possèdes tu l'oublies : tu n'es jamais fixé, car ta nature suit les étranges caprices de la lune. Si tu es riche, tu es pauvre : semblable à l'âne dont l'échine courbe sous les lingots, tu ne portes tes pesantes richesses que pendant une journée de marche, et la mort vient te décharger. Tu n'as point d'ami ; le fruit de tes propres entrailles, qui te nomme son père, la substance émanée de tes reins, maudit la goutte, les dartres et le catarrhe qui ne t'achèvent pas assez vite à son gré : tu n'as ni jeunesse ni vieillesse, mais seulement pour ainsi dire un sommeil de l'après-dînée, dont les rêves participent de l'un et de l'autre. Ton heureuse jeunesse s'assimile à la vieillesse, et demande l'aumône aux vieillards paralytiques ; lorsque tu es vieux et riche, tu n'as plus ni chaleur, ni affections, ni membres, ni beauté, pour jouir agréablement de tes trésors. Qu'y a-t-il encore dans ce qu'on appelle la vie ? Il y a encore dans cette vie mille morts cachées : et nous craignons la mort qui met un terme à toutes ces chances !
-- William Shakespeare (1564-1616), Mesure pour mesure, III, 1.
Je me lève avec les paupières en feu.
L'enfance blême sous la barbe
poussée pendant le sommeil, sous ma chair
amaigrie, se scrute avec la lumière
fondue dans mes yeux consumés.
Je finis ainsi dans le sombre incendie
d'une jeunesse détournée
de l'éternité ; je me brûle ainsi, il est inutile –
si l'on y pense – d'être autrement, d'imposer
des limites au désordre : c'est ainsi que m'entraîne
toujours plus frustre, avec un visage desséché
dans son aspect d'enfance, vers un ordre calme
et fou, le poids de mes jours perdus
en de muettes heures de gaieté, en de muets
instants de terreur…
Enregistrement du discours de Poznan (Pologne) prononcé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler le 4 octobre 1943, dans lequel il invite ses subordonnés SS à faire preuve de zèle dans l'extermination des Juifs. Bande son originale transcrite en allemand et en anglais.
Se le vio, caminando entre fusiles,
por una calle larga,
salir al campo frío,
aún con estrellas, de la madrugada.
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El pelotón de verdugos
no osó mirarle la cara.
Todos cerraron los ojos;
rezaron: ¡ni Dios te salva!
Muerto cayó Federico.
-sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
...Que fue en Granada el crimen
sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...
II
EL POETA Y LA MUERTE
Se le vio caminar solo con Ella,
sin miedo a su guadaña.
Ya el sol en torre y torre; los martillos
en yunque - yunque y yunque de las fraguas.
Hablaba Federico,
requebrando a la muerte. Ella escuchaba.
"Porque ayer en mi verso, compañera,
sonaba el golpe de tus secas palmas,
y diste el hielo a mi cantar, y el filo
a mi tragedia de tu hoz de plata,
te cantaré la carne que no tienes,
los ojos que te faltan,
tus cabellos que el viento sacudía,
los rojos labios donde te besaban...
Hoy como ayer, gitana, muerte mía,
qué bien contigo a solas,
por estos aires de Granada, ¡mi Granada!"
III
Se le vio caminar..
Labrad, amigos,
de piedra y sueño, en el Alhambra,
un túmulo al poeta,
sobre una fuente donde llore el agua,
y eternamente diga:
el crimen fue en Granada, ¡en su Granada!
-- Antonio Machado (1875-1939)
I
LE CRIME
On le vit, avançant au milieu des fusils,
par une longue rue,
sortir dans la campagne froide,
sous les étoiles, au point du jour.
Ils ont tué Federico
quand la lumière apparaissait.
Le peloton de ses bourreaux
n’osa le regarder en face.
Ils avaient tous fermé les yeux;
ils prient : Dieu même n’y peut rien!
Et mort tomba Federico
— du sang au front, du plomb dans les entrailles —
— Apprenez que le crime a eu lieu à Grenade
— pauvre Grenade! —, sa Grenade...
II
LE POETE ET LA MORT
On le vit s’avancer seul avec Elle,
sans craindre sa faux.
-Le soleil déjà de tour en tour; les marteaux
sur l’enclume -sur l’enclume des forges.
Federico parlait;
il courtisait la mort. Elle écoutait.
Puisque hier, ma compagne, résonnaient dans mes vers
les coups de tes mains desséchées,
qu’à mon chant tu donnas ton froid de glace
et à ma tragédie
le fil de ta faucille d’argent,
je chanterai la chair que tu n’as pas,
les yeux qui te manquent,
les cheveux que le vent agitait,
les lèvres rouges que l’on baisait...
Aujourd’hui comme hier, ô gitane, ma mort,
que je suis bien, seul avec toi,
dans l’air de Grenade, ma Grenade! »
III
On le vit s’avancer...
Élevez, mes amis,
dans l’Alhambra, de pierre et de songe,
un tombeau au poète,
sur une fontaine où l’eau gémira
et dira éternellement
le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade!
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :
Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or’que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?
Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?
Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.
Ne parlez pas de culpabilité, ne parlez pas de responsabilité. Quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête ; quand les sens frissonnent et tressaillent, insensé et impie quiconque reste à l'écart, quiconque ne se lance pas dans la belle expérience, celle qui part à la conquête des voluptés et des passions.
Toutes les lois de la morale -- aussi mal conçues que mal appliquées -- ne sont rien et ne résistent pas une seconde, quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne te laisse pas arrêter par aucune obscure vertu. Ne te crois pas tenu par aucune obligation. Ton devoir est de céder, de toujours céder aux Désirs qui représentent, parmi les créatures des dieux, le plus haut degré de la perfection. Ton devoir est de t'engager en soldat fidèle et d'un coeur loyal, quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne t'enferme pas chez toi et ne te laisse pas égarer par les théories sur la justice, par les préjugés sur les récompenses qu'accorde une société mal faite. Ne dis pas : Mon effort vaut tant et c'est de tant que je dois profiter en retour. Tout comme la vie est un héritage que tu n'as rien fait pour mériter, le plaisir est lui aussi un héritage. Ne t'enferme pas chez toi ; mais garde les fenêtres ouvertes, grandes ouvertes, pour entendre les premiers échos du passage des soldats, quand surgira l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne te laisse pas abuser par ceux qui disent que le service est dangereux et pénible. Ils blasphèment. Le service du plaisir procure une joie infinie. Bien sûr qu'il tépuise, mais il t'épuise d'une ivresse divine. Et quand tu finiras par tomber sur la route, même alors ton sort restera enviable. Quand passera ton enterrement, les Figures que tes désirs auront inventées jetteront sur ton cercueil des tulipes et des roses blanches, les jeunes Dieux de l'Olympe te porteront sur leurs épaules, et ils t'enterreront au Cimetière de l'Idéal, où resplendissent les mausolées de la poésie.
De ces belles fleurs blanches, qui allaient si bien
Il entra dans le café où ils se retrouvaient. –
C'est ici que son ami lui avait dit trois mois plus tôt,
"Nous n'avons pas le sou. Deux pauvres types, voilà
ce que nous sommes – réduits à des troquets minables.
Autant te le dire en face, toi et moi ça ne peut plus
marcher comme ça. Un autre, oui, me fait des avances".
L'autre lui avait promis deux costumes et quelques
mouchoirs de soie. – Pour le reconquérir
il remua ciel et terre, et emprunta vingt livres.
Il se remit avec lui à cause des vingt livres ;
mais en raison aussi de leur vieille amitié,
de leur ancien amour, de leur attachement profond. –
"L'autre" était un menteur, un authentique voyou ;
il lui avait fait faire un seul costume, et encore
celui-ci de mauvaise grâce, après mille supplications.
Mais il n'a plus maintenant besoin de costumes,
et plus besoin du tout de mouchoirs de soie,
ni même de vingt livres, ni même de vingt piastres.
On l'a enterré dimanche, à dix heures du matin.
On l'a enterré dimanche : il n'y a pas une semaine.
Sur son pauvre cercueil, il lui a mis des fleurs,
de ces belles fleurs blanches qui allaient si bien
à la beauté de son visage et à ses vingt-deux ans.
Quand il revint, le soir – pour une affaire urgente,
concernant son gagne-pain – dans ce même café où
ils se retrouvaient : un poignard dans son cœur
ce sinistre café où ils se retrouvaient.
En guise de réponse à un post de Tiplex que j'ai lu hier soir, et qui a ravivé des souvenirs. Les textes suivants sont de Bertrand Blier.
"Mon père était toujours aux starting-blocks de la poésie. Combien de faux départs et d'émotions pour rien. Parfois les starting-blocks étaient placés devant un mur : mon père s'élançait dans le mur."
"Le regard de mon père, il est vide comme un stade de foot quand les supporters sont partis. Et pourtant on y voit briller la haine de l'adversaire. De tous les adversaires."
"Mon père venait de temps en temps. Il avait son assiette. On lui faisait un ragoût de mouton. Il était content. Il mangeait. Il disait pas un mot. Il promenait sur notre bonheur un regard d'apatride."
"Les yeux d'un père, c'est fait pour pleurer."
"La voix d'un père, quand on est loin, qui plus est dans la merde, ça fait comme un abri."
Care-charmer Sleep, son of the sable Night,
Brother to death, in silent darkness born:
Relieve my languish, and restore the light,
With dark forgetting of my cares' return
And let the day be time enough to mourn,
The shipwreck of my ill-adventur'd youth:
Let waking eyes suffice to wail their scorn,
Without the torment of the night's untruth.
Cease Dreams, th'imagery of our day-desires,
To model forth the passions of the morrow:
Never let the rising Sun approve you liars,
To add more grief to aggravate my sorrow.
Still let me sleep, embracing clouds in vain;
And never wake, to feel the day's disdain.
De toute façon, cela ne pouvait pas durer. L'expérience
des années me le prouve. Pourtant, ce fut un peu rapidement
que le Destin vint y mettre un terme.
La belle vie ne dura pas.
Mais que les parfums étaient enivrants,
quelle douceur avait le lit où nous nous retrouvions,
à quel plaisir nos corps se sont-ils livrés.
Un lointain écho de ces jours de plaisir,
un écho de ces jours m'est revenu tout à l'heure,
quelque chose de l'ardeur mutuelle de notre jeunesse ;
au point qu'entre mes mains, j'ai repris une lettre,
et que je l'ai lue et relue jusqu'à ce qu'on n'y voie plus clair.
Et je suis sorti mélancoliquement sur le balcon –
je suis sorti me changer les idées en regardant au moins
un peu de cette ville bien-aimée,
un peu de la foule des rues et des magasins.
"Le nouveau secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, soutient l'appel du Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme à ne pas exécuter les deux co-accusés de Saddam Hussein condamnés à mort, a annoncé mercredi l'ONU.
Le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, Louise Arbour a appelé mercredi le président irakien Jalal Talabani à ne pas exécuter Barzan Ibrahim, demi-frère de Saddam Hussein et ancien chef du renseignement irakien, et Aouad Hamed al-Bandar, ex-président du Tribunal révolutionnaire, condamnés à mort en même temps que Saddam Hussein pour le massacre de 148 chiites à Doujaïl en 1982.
Leur exécution, initialement prévue samedi après celle de Saddam Hussein, a été fixée à jeudi puis reportée à dimanche.
Selon Michele Contas, porte-parole de l'ONU, Ban Ki-moon "soutient totalement l'appel lancé aujourd'hui par Louise Arbour au gouvernement irakien pour qu'il s'abstienne d'exécuter les condamnations à mort" prononcées contre les deux hommes."
Je voudrais raconter ce souvenir…
Mais le voici effacé désormais… Il n'en subsiste presque rien –
Car il gît loin, très loin dans ma prime jeunesse.
La peau comme du jasmin…
Cette soirée d'août – était-ce en août ? – une soirée…
C'est à peine si je me rappelle les yeux ; ils étaient bleus, je crois…
Ah oui, bleus ; d'un bleu saphir.
"L'ennemi est bête. Il croit que l'ennemi, c'est nous, alors que c'est lui. J'en ris encore !" -- Pierre Desproges
"Quiconque éprouve du plaisir à marcher en rangs serrés, au son de la musique est, pour moi, d'emblée, un objet de mépris. Il n'a reçu son cerveau que par mégarde puisque la moelle épinière lui aurait amplement suffi." -- Albert Einstein
"But a resolution to avoid an evil is seldom framed till the evil is so far advanced as to make avoidance impossible." -- Thomas Hardy
"Eternity is really long, especially near the end." -- Woody Allen
"Interestingly, according to modern astronomers, space is finite. This is a very comforting thought - particularly for people who cannot remember where they left things." -- Woody Allen
"Penser est la chose la plus malsaine du monde et on en meurt comme de quelque autre maladie."
-- Oscar Wilde
"I didn't know he was dead; I thought he was British."
-- Woody Allen
"Etre soi-même !... Mais soi-même en vaut-il la peine ?" -- Paul Valéry
"Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres d'être cent fois plus ombre que l'ombre, d'être l'ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée." -- René Char
"Eternal nothingness is fine if you happen to be dressed for it." -- Woody Allen
"Je ne sais si cela se peut ; mais je sais bien que cela est." -- Molière
"Que a porta do meu quarto fique para sempre fechada
Que não se abra mesmo para ti se tu lá fores." -- Mário de Sá-Carneiro
"How beggarly appear arguments before a defiant deed!" -- Walt Whitman
"J'ai jamais tué d'chats Ou alors ya longtemps Ou y sentaient pas bon..." -- Jacques Brel
Yo no soy yo.
Soy este
que va a mi lado sin yo verlo
que a veces voy a ver
y que a veces olvido.
El que calla sereno cuando hablo
el que perdona dulce cuando odio
el que pasea por donde no estoy
el que quedará en pie cuando yo muera
-- Juan Ramón Jiménez
On n'emmène pas de saucisses quand on va à Francfort. -- Michel Audiard
Civilization and violence are antithetical concepts. Through violence you may murder a murderer, but you can't murder murder. Through violence you may murder a liar, but you can't establish truth. Through violence you may murder a hater, but you can't murder hate. Darkness cannot put out darkness, only light can do that. -- Dr. Martin Luther King Jr.
Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui. Je souperai avec lui et lui avec moi. -- Apocalypse 3:20
La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment, d’autres s’y prennent avec vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre. -- Céline
"L'obsession du suicide est le propre de celui qui ne peut ni vivre ni mourir, et dont l'attention ne s'écarte jamais de cette double impossibilité." -- Cioran